Kérékou tout simplement heureux…
Par Arimi CHOUBADE
9 septembre 2008
Le Caméléon se marre. Ces Béninois qui l’ont éconduit sans ménagement en 2006, obnubilés par un slogan emphatique : « Changement ». Dire qu’en 1972 lui aussi avait emballé tout le monde avec quelque chose dans ce genre : « Révolution ». Il a fallu 18 ans après en 1990 avant que l’imposture ne soit éventrée pour que le Bénin puisse renouer avec la liberté. Scénario de désenchantement presque identique, au bout de 12 mois seulement, le Changement s’est dégonflé. En lieu et place de l’émergence et de la prospérité promises, c’est le piège de l’absolutisme qui se referme peu à peu sur le Bénin.
Et Kérékou ricane, et se moque, et se gargarise, à haute et intelligible voix. Trop heureux de revoir tous ces agités – qui lui refusaient, à lui, la moindre rallonge constitutionnelle – se morfondre des coups de traîtrise et de ruse du docteur-président. Du régal. Le Caméléon multiplie les petites phrases comme il en a le secret. Titillant le feu à petits coups. Exprès, un penchant circonstanciel pour Yayi Boni afin de mieux savourer une revanche sur tous ceux qui l’avaient poussé vers la sortie. Faisant admirer sa prétendue stature de psychologue attitré de la classe politique béninoise, cultivée à la perfection depuis qu’il est « en retrait de la chose publique ».
Du soutien pour le régime de Yayi Boni ? De la raillerie certainement ! De mémoire de Béninois, on a rarement vu Kérékou faire quelque chose pour qui que se soit. Le général n’a pas hésité à abandonner tous les siens en plein champ de bataille à la conférence nationale en plaidant presque à genoux : « amenez-moi un nouveau gouvernement si vous voulez, mais ne me dites pas démissionne ! ». Puis vient sa fameuse traversée du désert. Durant les 5 ans du règne de Soglo, le Caméléon n’a eu le moindre geste de soutien à une opposition à la peine malgré la virulence des Tévoédjrè et compagnie. Ces derniers ont dû recourir en 1996 à l’unique épouvantail capable de cristalliser l’électorat du septentrion face à un Soglo presque imbattable. Pari réussi.
Pour l’ancien dictateur amnistié, inventeur des camps de torture de Ségbana, de Parakou et du Petit Palais, la fin de la décennie de bonus fut une parfaite représentation du mélange de genres et de pêche en eau trouble. Lâchage des anciens dauphins présumés (Amoussou, Osho, Tawéma), faux vrai soutien à Houngbédji, simulation de résistance face à la fraude du premier tour de la présidentielle 2006 – le million de cartes d’électeur que le général soupçonne d’avoir disparus assorti de la promesse de faire compter et recompter les bulletins comme lors de la mauvaise première élection de Georges Walker Bush. Le général qui a toujours considéré le pouvoir comme un grand théâtre ne pouvait partir sans un vaudeville digne de son rang. Sans se départir du principe de ne jamais aider personne. Tout le monde savait à Natitingou qu’il suffisait qu’il lève le petit doigt pour faire rempiler son fiston, l’honorable Modeste Kérékou lors des législatives de 2007. Le soutien espéré du père ne viendra pas. Le mandat fut perdu.
D’où vient alors l’intérêt de l’ancien marxiste au banquier ? Grâce aux dérives et à la gouvernance approximative de Yayi Boni, les Béninois en viennent presque à regretter Kérékou et ses 10 années de gabegie. Une réhabilitation tacite qui mérite bien, de temps en temps, quelques tapes dans le dos. Vues du palais de la Marina, ces blagues insipides à l’endroit des opposants paraissent une bénédiction papale pour un régime lâché de tous les côtés. Un plaisir au vinaigre partagé par le Caméléon et le docteur-président-banquier.
Bonne distraction, messieurs !!!
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