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Hebdomadaire Catholique: Justice - Vérité - Miséricorde - SEPT. 2008
 

GOUVERNEMENT D’OUVERTURE: Yayi met la main dans le guêpier

Les conversations sur un gouvernement d’ouverture se multiplient ces dernières semaines. Le ballet des leaders politiques à la Marina sort certaines négociations des couloirs pour préparer l’opinion publique à cette éventualité. Mais, au fond, un gouvernement d’ouverture pour quoi faire ?

Devant la persistance et la montée des tensions politiques et sociales, le Président de la République est contraint de rechercher des solutions d’apaisement. Entre autres, la composition d’un gouvernement ouvert à la plupart des forces politiques de «la mouvance plurielle» paraît aller de soi. Mais, à ce niveau, plusieurs questions méritent des réponses claires. Un gouvernement d’ouverture pour quoi faire ? Les cadres du G 4 ou du G 13 qui, du reste, avaient déjà participé au tout premier gouvernement de Boni Yayi, auraient-ils maintenant des baguettes magiques? Quelles nouvelles solutions le retour de ces forces politiques au gouvernement apporte-t-il aux problèmes de la Nation ? Au lieu du somptueux terme de gouvernement d’ouver-ture, ne devrions-nous pas plutôt appeler un chat un chat pour parler de gouvernement de partage de gâteau ? Si l’on sait que ces forces politiques veulent aller au gouvernement ; qu’en participant au Pouvoir exécutif il leur sera plus facile de régler leurs affaires judiciaires et économiques ; et que, surtout, beaucoup ont besoin de se refaire financièrement en vue de 2011, on tombe des nues à constater que Boni Yayi veuille leur en donner l’opportunité, sans compter le fait que la plupart de ces forces estiment ne pas trouver leur compte avec le changement et feront tout pour empêcher le Président actuel de rempiler en 2011, s’il en avait l’intention ? Pourquoi concentrer la recherche des solutions d’apaisement sur un gouvernement d’ouverture alors qu’il y a des raisons de penser que le Président de la République et le souhait de changement y perdront plus qu’ils n’y gagneront ? L’assurance retrouvée par les politiciens est le premier indicateur qui met la puce à l’oreille de l’observateur ordinaire.

 

La superbe change de camp


Après que les G 4 et G 13 ont fait perdre aux FCBE leur superbe à l’Assemblée nationale au point où l’institution est devenue ingérable dans les mains hésitantes du président Mathurin Nago, ils viennent se pavaner jusque dans la cour du Président Boni Yayi. Amoussou Bruno sort d’audience, rassurant et triomphant. Il en est de même pour le richissime-homme d’affaires-homme politique-ex détenu-élu-député, libéré par voie d’évacuation sanitaire et maintenant installé glorieusement dans son fauteuil d’honorable à l’hémicycle. A sa sortie d’audience, il est en humeur de faire de l’esprit, et même de l’ironie. Il se réfère à sa traversée du désert comme «un stage». On se rappelle son allégorie le 1er août dernier : «Lorsque ton ennemi meurt, tu n’as pas la victoire. Mais tu as la victoire lorsque ton ennemi a besoin de toi et que tu l’aides». On ne peut pas être plus clair. Il fut un temps où il s’en fallait de beaucoup moins pour offenser la Haute Autorité ! Maintenant, une telle superbe va être récompensée par des postes ministériels ! La superbe a décidément changé de camp lorsque, avec le dernier communiqué du G 13, on se rend à l’évidence qu’au lieu que ce soit le Chef du gouvernement qui pose des conditions, ce sont plutôt ces forces politiques qui veulent entrer au gouvernement qui posent leurs conditions et font monter les enchères. Leur communiqué pose des conditions globales qui touchent profondément « aux dysfonctionnements majeurs » du système Yayi, aux relations interinstitutionnelles et aux crises sociales et économiques. Demain n’est pas la veille de la réalisation de ces conditions. Vu la gravité de ces divergences, le G 13 tout autant que le G 4 ne sont pas conséquents, ni intellectuellement ni politiquement, s’ils ne passent pas clairement dans l’opposition et qu’ils comptent, en plus, entrer au gouvernement. Le PRD du Maître de la politique d’opportunisme à géométrie variable n’est pas plus conséquent en se terrant dans un silence démissionnaire, mais auquel il nous a habitués. Nous sommes dans une situation bizarre de rapports de forces où seuls demeurent les jeux incohérents et inconséquents pour jouer avec le destin d’un peuple aux prises avec des difficultés quotidiennes de base mais prenantes et aggravées par les crises que l’on sait Au demeurant, Boni Yayi est au pied du mur et victime autant de ses erreurs que d’un encerclement progressif à l’intérieur du pays et sur le continent, par certains hommes d’affaires et certains dinosaures dont il menace les intérêts politiques et financiers et qui sont plus calculateurs que les réactions impulsives du docteur du changement. Dans ces conditions, à quoi servirait un gouvernement d’ouverture ?

 

 

Ouverture pour quoi faire ?


Si de ce qui précède un gouvernement d’ouverture est inévitable, parce que le Président n’a probablement pas le choix, de ce qui suit, il est ingérable. Aucune preuve n’est faite qu’il sera capable d’apaiser les inquiétudes de Yayi et du Babel politique autour de lui, des forces politiques qui le menacent et encore moins de la population. Bien au contraire, avec un gouvernement d’ouverture, Boni Yayi met la main dans un guêpier pour ne pas dire qu’il se met dans un guêpier. Car jusque là, Yayi n’a jamais réussi à s’entourer d’une réelle équipe gouvernementale. Et ce sera la fin presque certaine de toute velléité de changement ! L’histoire de ses deux ans et demi au pouvoir mérite une relecture soigneuse. Stricto sensu, en deux ans, Yayi n’a pas eu deux, mais quatre gouvernements avec quatre décrets dont certains ont été en plus modifiés lors des remaniements techniques. Certains ministères n’ont même pas le temps de constituer leur cabinet avant qu’un autre remaniement n’intervienne. Il faut en conclure que si Yayi n’a pas pu asseoir une bonne équipe gouvernementale dans une durée relative lorsqu’il était dans de meilleures conditions politiques, ce n’est pas dans ces temps difficiles qu’il le pourra.
Depuis la création des listes électorales et la campagne législative où il était personnellement impliqué jusqu’à la constitution du bureau de l’Assemblée et sa gestion aujourd’hui difficile, la gouvernance politique du pouvoir par Yayi nous laisse avec cette question : avec qui travailler lorsque tout le monde donne l’impression de vous soutenir, mais qu’en réalité la plupart le font pour des calculs et intérêts inavoués ? Maintenant, face au dilemme d’un gouvernement dit d’ouverture, Yayi doit répondre à une question décisive : comment gérer le pouvoir lorsque vous êtes obligé de faire entrer dans votre gouvernement des forces politiques qui critiquent votre gestion ?  Ou que vous devez faire entrer le loup dans la bergerie ?
Autrement dit, un gouvernement d’ouverture pour quoi faire ? La question revient à deux choix fondamentaux : faire plus de politique ou travailler réellement ? A la moitié de son mandat, les événements forcent Yayi à se rendre compte que certaines forces sont plus tenaces et rompues aux jeux politiques et politiciens que lui. Qu’il cesse de s’enfoncer dans le même bourbier qu’elles ! Même si les jeux politiques ne cesseront jamais, même si le Président ne sortira pas facilement du guêpier politique dans lequel il n’a effectivement plus de munitions, selon ses propres aveux, deux armes lui restent qu’il a curieusement sous-estimées ou même pu donner l’impression de dédaigner jusque-là : la recherche de l’expertise et le respect des lois. Qu’il me soit permis de rêver que Yayi peut trouver et s’entourer de technocrates respectueux des lois et des procédures pour prendre la tête de la plupart des départements ministériels et des directions principales, pour que, à partir de lui-même et autour de lui, commence une nouvelle dynamique de gestion des affaires de l’Etat. Peut-on, pour le moins, souhaiter cela pour les domaines financiers, économiques et de développement ? En tout cas, si l’ouverture signifie la fin de la lutte contre la corruption, le partage du gâteau, le retour de l’impunité, la prime à la mauvaise gouvernance, cette ouverture là, nous n’en voulons pas ! Le peuple n’en veut pas.

 

 

Abbé André S. Quenum


Encadré


4 gouvernements
en 2 ans

1er Gouvernement Décret présidentiel n° 2006-178 du 08 avril 2006 portant  composition du Gouvernement,
Décret n° 2006-414 du 17 août 2006, portant modification du décret n° 2006-178 du 08 avril 2006  portant composition du Gouvernement.
2e  Gouvernement : Décret n° 2006-613 du 19 novembre 2006 portant composition du Gouvernement.
Décret n° 2006-622 du 29 novembre 2006, portant modification du Décret n° 2006-613 du 19 Novembre 2006 portant composition du Gouvernement.
Décret n° 2007-002 du 08 janvier 2007 portant modification du Décret n°2006-613 du 19 Novembre 2006 portant composition du Gouvernement.
3eGouvernement :Décret n°2007-300 du 17 juin 2007, portant composition du Gouvernement.
4e Gouvernement : Décret N° 2007-540 du 02 Novembre 2007, portant composition du Gouvernement.



 

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Tag(s) : #Politique Béninoise
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