
Visite guidée sur nos chantiers inachevés
Date: Mercredi 10 septembre 2008
Comment va le Bénin, notre pays ? En dehors des raisons que nous avons de croire et d’espérer, parce que nous sommes des croyants, on peut dire que le sentiment dominant chez la plupart de nos compatriotes, au jour d’aujourd’hui, dans un contexte de cherté de la vie, de soucis domestiques et de préoccupations des veilles de rentrée scolaire, c’est d’être réduits à broyer du noir au son et au rythme d’une symphonie inachevée. Nous avons le chic pour ouvrir des chantiers que nous ne savons pas toujours fermer, que nous ne pouvons pas toujours conclure. Comme si le provisoire était notre loi et l’expectative notre philosophie de l’action. Nous avons fait le tour d’une dizaine de nos chantiers nationaux ainsi en souffrance du fait de notre indécision et de notre hésitation. Qu’allons-nous y faire ? Que devrions-nous y faire ? Pour quels objectifs déterminés, pour quels résultats attendus ?
Commençons par le chantier du remaniement ministériel. Ici, chaque jour que Dieu fait apporte son lot de surprise, de remise en question : la copie est sans cesse revue et corrigée pour un résultat qui ne semble pas beaucoup varié depuis. Des combinaisons succèdent aux combinaisons pour, dit-on, mettre en place un gouvernement d’ouverture, un gouvernement de large union qui confondrait toutes les sensibilités politiques. L’intention est peut-être noble, mais jamais elle ne vaudra l’acte pour les Saints Thomas de Béninois qui ont besoin de voir et de toucher avant de croire. Mais alors, le temps passe, on fait du sur-place, l’opinion se lasse et c’est toujours l’impasse.
Le chantier de l’Assemblée nationale n’est pas mieux loti. La représentation nationale n’est plus qu’une forteresse institutionnelle bloquée. Rien n’a bougé depuis, ou plus précisément les choses n’ont bougé que trop au point de donner le tournis aux Béninois qui ne savent plus, avec leur parlement, à quel saint se vouer. La partie qui se joue dans la grande maison de nos honorables députés est diversement appréciée. Mais tout couvent a ses secrets que le premier non initié venu ne pourra prétendre connaître. Alors le bon peuple attend que le travail reprenne, dans la sérénité retrouvée, sur le chantier du parlement pour se convaincre et se rassurer qu’il n’a pas délégué son pouvoir souverain à des vacanciers seniors de longue durée.
Théoriquement, le Bénin a procédé aux élections communales, municipales et locales depuis le mois d’avril. Mais le dossier de ces élections reste encore ouvert, du fait de la non installation, à ce jour, de différents conseils communaux dans certaines localités du pays. Malgré les prescriptions de la loi ainsi foulées au pied. Sur le chantier de nos dernières élections locales, nous pouvons le dire, l’Etat de droit est en panne sous le regard malicieux ou désabusé, cela dépend de quel côté l’on se situe, des principaux acteurs dont on vient de dire, à tort ou à raison, que « le congolo fonctionne mal ».
La rentrée scolaire ? Voilà un nouveau chantier à polémique qui s’ouvre. Les syndicats d’enseignants et le ministère des Enseignements primaire et secondaire sont à couteaux tirés. La pomme de discorde ? C’est la date de la rentrée scolaire 2008-2009. Qui a tort, qui a raison dans ce bras de fer inattendu et sans merci ? A chercher à le savoir, on risque de perdre son fon, son yoruba ou son dendi, au grand désespoir du ministre Roger Gbègnonvi qui vient d’introduire toutes ces langues dans les programmes d’enseignement. Voilà un sous chantier encore flou dans un chantier, celui de l’école qui n’est pas moins flou et qui bruit déjà de menaces de grèves.
Les paramédicaux font, eux, semblant de fermer leur chantier, en suspendant leur mot d’ordre de grève. Mais, qu’on ne s’y trompe pas : ils ne reculent que pour mieux sauter. Ils concèdent, en effet, une trêve de trois mois au gouvernement à charge pour ce dernier, dans l’intervalle, de satisfaire à leurs revendications. Rien n’est donc définitivement joué. Tout peut arriver sur un chantier qui n’est mis qu’en veilleuse. Tant que le feu couve sous la cendre, un incendie est toujours possible.
Nous aurons tort de nous taire sur le chantier de l’énergie où les Béninois sont des victimes ordinaires d’un délestage sauvage et permanent. Quand on s’habitude à souffrir d’un mal, on finit par s’accommoder de ses nuisances et de ses effets pervers. C’est plutôt le léger mieux que constatent, de temps en temps, les Béninois sur ce chantier qui les trouble et qui les fait s’interroger. Où en sommes-nous avec la turbine à gaz promise par la « Haute Autorité », pour emprunter une expression en vogue sur nos chantiers inachevés ? Quelle est la politique énergétique de notre pays et quelle place y tiennent les sources alternatives ? Le Bénin sera-t-il autosuffisant en matière d’énergie à l’horizon 2025, en accord avec l’ambition affichée d’être, à cette échéance « un pays phare » ? Retenons, en tout cas, et ce, jusqu’à preuve du contraire, qu’un phare est synonyme de lumière.
Si nous ne recevons aucune réponse claire et précise sur le chantier de l’énergie, il y a tout lieu de croire que ce n’est pas sur celui de l’avancée de la mer, sur celui de l’érosion marine que nous serons mieux servis. A défaut de réponse, faisons-nous peur quelque peu avec les sombres prévisions des experts. Ces oiseaux de malheur qui ne nous veulent, pourtant, que du bien nous apprennent que l’érosion marine pourrait, à Cotonou, rayer de la carte des quartiers comme Donaten, Tokplégbé, Finangnon, Akpakpa-Dodomey, Quartier Jak. L’autoroute internationale Cotonou-Porto-Novo est concernée. Ce qui couperait les départements de l’Ouémé-Plateau du reste du Bénin. On doit savoir que l’érosion marine, dans Cotonou, a déjà détruit 460 champs, 47 maisons. Elle menace, dans le très court terme, 1000 propriétés. Effrayante perspective qui nous donne froid dans le dos.
Jérôme Carlos
La chronique du jour du 10 septembre 2008
La chronique du jour du 10 septembre 2008
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