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Arimi CHOUBADE


10 septembre 2008


 

Le porte-parole du gouvernement qui jure, la main sur le cœur, ne pas être au courant qu’à Adjohoun, Agbangnizoun, Zagnanado, Toviklin, Porto-novo, So-Ava, Cocotomey, Cotonou, des familles entières manquent de gîtes et de couvert du fait des inondations. Sinon le gouvernement Yayi Boni n’aurait certainement pas accepté que des généraux se baladent avec 100 millions en poche à la frontière avec le Togo. Un élan de charité resté coincé en travers de bien de gorges dans toutes ces régions béninoises envahies par les eaux de ruissellement et abandonnées de tous. Lamentable, le spectacle du maire-grogneur d’Adjohoun, produit fini de l’Etat-Fcbe par surcroît, implorant la solidarité internationale alors qu’un ministre de son pays s’exerçait au « travaillement » chez le voisin.

 

C’est évident que cela ne gênerait aucun Béninois que l’argent du trésor public national serve à secourir des sinistrés du Togo. Un geste de noblesse qui aurait dû être affranchi des méthodes de barbouzes ou de mafieux avec un scénario digne du « far-west » lorsqu’on voit un ministre escorté du chef d’état-major général de l’armée transportant un véritable butin pour passer la frontière. Le précédent est très dangereux pour un pays de grande permissivité pour les braqueurs de tout acabit. Désormais, tout cortège ministériel aux frontières peut être considéré comme un convoyage d’espèces palpables et craquantes donc une cible certaine pour la pègre transfrontalière.

 

Ahurissant, l’aisance avec laquelle le banquier-président se comporte vis-à-vis de l’argent public. On a connu les milliards distribués aux producteurs de coton, ceux engloutis dans les microfinances ou ceux dilapidés à travers les chantiers inachevés de la Cen-Sad. Des dépenses qui ne figurent généralement nulle part au budget national et qui ne sont presque jamais soumises à un quelconque contrôle parlementaire. Le régime du changement a déjà trouvé son paradis fiscal, la Beceao-Bénin servant de couverture idéale à chaque excès dans le maniement des deniers publics. On voit mal comment, les émergents peuvent jongler avec autant de liquidité sans recourir à leur banque de prédilection dont le directeur ne rechigne pas à jouer au super argentier dès que l’occasion s’offre à lui.

 

Le but de la chronique n’est pas tant la centaine de millions, les centaines de sacs de maïs ou de moustiquaires imprégnées. Au lieu de « Charité mal ordonnée », on aurait pu l’intituler « Les vannes à tout vent » en référence à la folle prodigalité qui s’est emparée subitement du docteur-président. Car au moment où les généraux franchissaient la frontière avec leur curieuse cargaison, le pouvoir ouvrait largement la mangeoire aux cultes religieux et aux chefferies traditionnelles. Sous le prétexte de prospérité partagée. Prospérité ? Alors que moins de deux mois avant le chef de l’Etat se proclamait « général au front dont les munitions sont terminées » au cours d’un forum sur la vie chère. Après lui, le ministre des Finances affirme les yeux larmoyants que « les caisses de l’Etat sont exsangues » sur le plateau de la télévision nationale.

 

Ce même Etat devient subitement prospère capable d’entretenir églises, mosquées, couvents, palais royaux. Pendant que des écoles privées sollicitent des subventions en vain depuis des décennies. La loi portant financement des partis politiques promulguées attend d’être mis en application. Centres de santé, hôpitaux, tribunaux perturbés parce que l’Etat manquerait de ressources pour améliorer les conditions de vie et de travail des agents. Cet Etat, dis-je, ventile l’argent public à tout vent.

 

Du « faro-faro » plus que de la prospérité partagée.



 

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Tag(s) : #Politique Béninoise
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