De la République du Bénin à l’Etat-Fcbe
Par Arimi CHOUBADE
6 octobre 2008
L’expression démocratique au bout du fusil. Selon la loi votée par l’Assemblée nationale, la légitimité d’un conseil municipal se manifeste deux semaines après la proclamation des résultats par la Commission électorale nationale autonome (Cena). Ça c’est lorsqu’on se situe en République du Bénin. Réalité totalement autre à l’ère de l’Etat-Fcbe. Ici, le délai d’installation des conseillers municipaux obéit à un code non écrit uniquement, déchiffrable par le seul docteur-président. En, fait la République du Bénin ne conserve qu’une bien pâle représentativité internationale ; en attendant peut-être que l’Etat-Fcbe ne se fasse admettre dans le concert des nations un jour. Qui sait ?
Dans les faits, le régime du Changement ne trouve d’utilité à la légitimité de la République que dans ses relations avec le reste du monde. Une République dont les institutions sont pour la plupart en voie d’annexion, une à une. Excepté un parlement qui résiste encore au prix fort : 8 mois de blocage pour délit d’inquisition à l’endroit du gouvernement. Trésor public, administration, armée sont en passe de passer dans le giron Fcbe. Au point où la Marina a inventé une nouvelle forme d’expression démocratique, celle du fusil. Contrôler une mairie malgré le vote hostile issu du suffrage universel est désormais d’une facilité déconcertante. Il suffit d’instruire chefs de brigades de gendarmerie, commissaires de police, officiers de l’armée, tous en génuflexion devant l’Etat-Fcbe. au prix d’un reniement systématique de ce qui reste de la République. Que ne ferait-on pas pour les galons, la promotion et la liberté de rançonner les usagers des routes nationales en toute impunité ?
Tant pis pour les autres élus non Fcbe qui ne disposent que d’une alternative unique : se rallier ou prendre le risque de l’agression physique, de la persécution ou des pressions. Gendarmes, policiers ou militaires n’existent que pour faire triompher exclusivement les intérêts Fcbe, coûte que coûte. Les élus municipaux de la commune d’Abomey-Calavi ont pu apprécier les affres du revirement d’allégeance des officiers de police judiciaire débarqués à l’hôtel de ville le jour de l’installation du conseil municipal. La majorité relative des élus Rb et alliés n’a servi à rien puisque le fusil a déjà choisi sa majorité à lui. Avec trois conseillers seulement concédés à sa liste sur les 37 par les électeurs, l’ancien espion en chef de Kérékou a pu installer ses quartiers dans le bureau du maire avec la bénédiction du tombeur de la République de droit qui n’est rien d’autre que l’Etat-Fcbe. Le manuel de la démocratie du fusil a été déroulé avec un succès tout aussi éclatant à Avrankou.
Du contentieux électoral subitement atteint d’une providentielle sélectivité. Trop occupés à réaliser les redressements de suffrages aussi spectaculaires les uns que les autres en faveur de Fcbe (de 4 élus à 10 à Avrankou, de 4 à 8 à Abomey-Calavi), les juges de la Cour suprême et les sages de la Cour constitutionnelle ont simplement omis de dire, si le refus d’installer les conseils municipaux élus dans les délais légaux est un acte de démocratie. Cécité des hauts juges dont la vertu conserve l’honneur sauf au docteur-président pourtant considéré par la majorité de ses concitoyens comme le principal instigateur de la mise à mort de la légalité républicaine.
Passe si le processus de substitution arrivait au moins à procurer du pain et du miel aux Béninois. Or en plus de perdre les libertés fondamentales, les émergents imposent aux populations des pistes rurales dégradées, le délestage, des routes nationales en piteux état, hôpitaux, tribunaux et écoles désertés par les travailleurs, chômage, insécurité...
Pauvre du quartier latin de l’Afrique d’antan !
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