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Hebdomadaire Catholique: Justice - Vérité - Miséricorde
 

Mon rêve pour le Bénin, mon pays

 

Par Hortense Ogoubi Daïnou

 

LA CROIX DU BENIN - 07/10/2008


Dans son article : « Emile-Derlin Zinsou, le mal aimé » (in : Emile Derlin Zinsou, un humaniste en politique d’Idelphonse Affogbolo), l’écrivain et journaliste Paulin Joachim a écrit : « … J’appelle jungle, ce pays minimal jadis considéré comme un endroit privilégié du continent. Il était doté de grâces exceptionnelles incarnées par de grands esprits novateurs en toutes disciplines, et l’on venait de loin et de tous les horizons pour y écouter le bruissement d’un ciel singulièrement constellé……Toujours est-il que, chaque fois que  ce  pays, plein à craquer de promesses et  de talents, prend son élan, il y a toujours eu des paquets d’intérêts sordides, des grouillements de larves campés à son horizon, pour le détourner de sa vraie voie. Les luttes d’influence et les querelles personnelles, jamais éteintes, ont toujours parlé plus fort que l’intérêt supérieur du pays dans le cœur des responsables politiques qui s’ébrouent dans une cascade de crises où ils abandonnent le plus clair de leur vitalité. La faillite des hommes y est flagrante. La coexistence de positions antinomiques avait fini par engager cette portion d’Afrique, promise à mieux, dans un processus de suicide collectif où se lit, en filigrane, la grimace d’un avenir de catastrophe. Tout redressement y est improbable, régulièrement contrecarré par une armada d’esprits timorés dont la religion,  jamais, ne variera d’un iota…. »
Ce pays dont parle Paulin Joachim, c’est le Bénin. La longue citation, qui vous est présentée  ci-dessus, décrit parfaitement, à mon avis, ce qui s’observe dans ce pays, depuis 1960 à  ce jour. En tout cas, notre feu patriarche, Cardinal Gantin, partagerait bien cet avis s’il était encore là. En effet, dans sa lettre au Président Boni Yayi (26 mars 2008), lettre par laquelle il priait ce dernier d’accepter d’aller le rencontrer, il avait pu écrire : « Je suis souffrant, faible, à cause de mon grand âge. Mais, plus que de cela, c’est de notre pays que je suis malade, par les temps qui courent ». Pour ceux qui ne le savaient pas, ou l’auraient oublié, cette rencontre avec le président Boni Yayi qu’avait souhaitée le Cardinal était la réaction de ce dernier à la sortie de Kouhounou  fortement médiatisée (12 mars 2008) des politiciens Nicéphore Soglo, Bruno Amoussou, Adrien Houngbédji et Antoine Kolawolé, respectivement ancien Président de la République et anciens Présidents de l’Assemblée Nationale du Bénin. Comme vous le voyez,  il s’agit de compatriotes ayant joué chacun un rôle très important dans l’appareil d’Etat de ce pays. Et pourtant !


La situation qui prévaut dans ce pays, aujourd’hui encore, est des plus inquiétantes, et le peuple béninois s’en inquiète vivement. Bien sûr, on tente de le calmer en lui disant que la conversion des séances plénières de notre Assemblée législative en scènes de théâtre,  sinon en séances de gala de boxe, est dans la nature même de la démocratie. Nous, béninois, devrions avoir une définition particulière du concept de démocratie. Sinon, comment peut-on parler de démocratie là où presque tout le monde veut participer, en même temps, à la gestion du pouvoir d’Etat ? Ou, lorsqu’on a une ambition très élevée pour soi-même d’abord, on est très impatient de prendre le pouvoir d’Etat ? Car, en permettant à celui qui est là d’exécuter son programme, on n’est pas sûr de le battre à l’échéance électorale la plus proche. Il faut donc le bousculer, le distraire pour le chasser du fauteuil. Est-ce comme cela que s’exprime la démocratie américaine, celle que l’on suppose la meilleure au monde ? Ou même la française ?
La réaction  d’indignation du peuple béninois face aux agissements de sa classe politique, qui ne veut tenir aucun compte des  intérêts de ce peuple, comporte en elle-même un motif d’espoir. Il est donc possible de rêver, pour ce pays, d’un lendemain qui chante. Mais, à condition que chacun de nous, du sommet jusqu’à la base de notre société, cesse d’être un simple parasite du reste de cette société, et se convertisse, par ses comportements, en agent de développement du pays. A cet égard, beaucoup d’autres peuples nous montrent la voie menant à ce développement. Par exemple, le peuple allemand. Je choisis cet exemple parce que, il y’a quelques mois, le représentant au Bénin de cette nation, l’ambassadeur Albrecht Conze, «s’est permis» de dire à nos « honorables » qu’ils ne sont pas «sérieux». Et cela a choqué. N’est-ce pas ? Une meilleure connaissance de la nation allemande peut nous aider à nous mettre dans la peau de monsieur Conze. A cet égard, voici quelques caractéris-tiques comportementales de l’allemand :

 

 

1) l’autodiscipline.


Nous allons illustrer cette caractéristique du peuple allemand par l’anecdote  suivante, qui a été racontée par Staline à la conférence de Yalta (04 – 11 février 1945). Rappelons que cette conférence, qui avait réuni le Président des USA (Roosvelt), le Premier Ministre de Grande Bretagne (Churchill) et le chef de l’Etat de l’Union soviétique ( Staline ), avait pour objet le règlement du sort de l’Allemagne à la suite de sa défaite, qui s’annonçait imminente. Staline proposa à la conférence le démembrement de l’Allemagne à la fin de la guerre. Il justifia cette proposition par le récit du fait suivant :
Lors d’un séjour, en 1905, dans la ville allemande de Leipzig, Staline affirme avoir observé, en hiver et en plein air, une foule humaine alignée devant une salle dont la porte d’entrée n’était pas infranchissable, parce qu’elle n’était ni verrouillée ni fermée à clé. Intrigué, Statine se rapprocha de cette foule pour comprendre  l’insolite situation. Résultat :   la foule n’a pas osé entrer dans la salle sans avoir présenté, à un contrôleur, les billets  d’accès  à  ladite  salle. Et  pourtant,  chaque  élément de cette foule avait ce billet, mais le contrôleur était en retard.


Leçon tirée de cette  histoire par Staline : Le peuple allemand est un peuple vraiment auto-discipliné. Avec un tel caractère, on peut déplacer toute montagne qui se dresserait sur son chemin. A la fin de la guerre, le monde entier a donc l’obligation d’affaiblir le peuple allemand, en le répartissant dans plusieurs petits Etats, chacun étant placé sous la tutelle de l’une des puissances victorieuses.


Roosvelt et Churchill ont accepté la proposition de Staline, et l’Allemagne a été partagée en 3 morceaux : un pour l’URSS, un pour les USA et un pour la Grande Bretagne. A  la faveur de la guerre froide, les deux (2) morceaux revenant aux USA et à la Grande Bretagne ont été réunifiés et repartagés en trois (3) parties, dont une a été cédée à la France.

 

 

2) l’esprit de responsabilité du citoyen allemand.


En 1983 (ou 1984), il régnait sur le marché mondial une crise d’écoulement des produits de la métallurgie. Face à cette crise, les syndicats des travailleurs allemands des différents secteurs de la métallurgie se réunissent et prennent la décision suivante : gel, jusqu’à nouvel ordre, de toutes revendications d’ordre salarial.
Le journal français qui a rapporté cette information a eu la formule suivante, en guise de conclusion: ce n’est qu’avec les allemands qu’on peut observer pareille attitude.
Quel jugement peut inspirer à un béninois un tel comportement de l’allemand? Esprit de responsabilité ? J’en doute. Idiotie ? Très probablement. Mais le peuple allemand tire bien des profits de ce comportement «idiot».

 

 

3) l’ardeur au travail.


Il est de notoriété publique que les allemands (et les japonais) sont des bourreaux de travail. A titre d’illustration, la valeur monétaire de l’ensemble des produits manufacturés exportés, en 2007, par l’Allemagne est supérieure à 900 milliards d’euros (plus de 590 364 milliards de francs CFA), ce qui place ce pays au premier rang de l’ensemble des pays du monde exportateurs de biens manufacturés.


Ce sont là les principales caractéristiques de la nation allemande, nation dont est issu Monsieur l’ambassadeur Albrecht CONZE. Ce monsieur qui s’est «permis» de dire à nous, béninois, et par l’intermédiaire de nos honorables députés, que nous ne sommes pas dans la voie qui mène au développement. Nous nous en sommes offusqués. Et pourtant, à la réflexion, ne mérite t-il pas plutôt notre reconnaissance ? Car, ne vaut-il pas mieux crever un abcès pourri à l’aide d’un bistouri plutôt que de continuer à le recouvrir d’une pommade analgésique qui est sans effet sur les microbes qui rongent, sous la peau, notre chair ? Bien sûr, le bistouri fait mal lorsqu’il est introduit, sans anesthésie préalable, dans notre corps, mais il a l’avantage de nous amener à la guérison.

 
Sommes-nous déjà des hommes, au sens évolutionniste du terme? Si oui, nous devons être capables, individuellement et collectivement, de nous évaluer de temps en temps afin de ne retenir de notre chère nature que les traits porteurs de progrès, ou d’emprunter à d’autres (hommes) des comportements susceptibles de nous faire avancer.
A mon humble avis, notre pays est gravement malade des tares de chacun de nous, petits comme grands, analphabètes comme lettrés, etc…Ouvrons les yeux et remettons-nous en cause. N’hésitons pas à imiter, s’il le faut. Pour ma part, nous gagnerions bien à prendre comme modèle l’ «idiot» d’allemand. Tel est mon rêve pour notre chère patrie, le Bénin.  

 

 

Hortense Ogoubi Daïnou

 

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Tag(s) : #Politique Béninoise
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