Emergents qui mangent ne parlent pas…
Par Arimi CHOUBADE
9 octobre 2008
Le corps d’élite des insulteurs publics s’essoufflerait. Les écrans seraient de moins en moins envahis par la grandiloquence, la médisance gratuite, la démagogie et la rhétorique dogmatique. Un changement de stratégie qui affecte surtout les jeunes loups du régime.
Contraignant quelques vieux gâteux en quête d’ultime strapontin à se convertir en tireur isolé, toute hargne dehors. En réalité, il n’en est rien. La Marina continue d’abriter et d’inspirer de nombreux insulteurs publics au service du Changement. On se demande d’ailleurs à quoi se nourrirait la propagande alors que le bilan en mi-mandat manque cruellement de consistance. Surtout quand le président de la République, chef de l’Etat, chef du gouvernement, chef suprême des armées en est réduit à dévoiler des panneaux publicitaires.
Donc, l’insulte et la diabolisation demeure au centre de la stratégie des émergents. Leur machine a tôt fait de ramener les exigences des adversaires du gouvernement à de sordides tractations mercantiles. Les revendications au sujet de la préservation de la laïcité de l’Etat, du respect de la liberté de presse, du retour à l’orthodoxie dans la gestion des ressources publiques, du respect de l’indépendance du parlement faites par Salé, Agoua, Domingo, Dayori et consorts ne serait qu’un écran de fumée. Que les vraies motivations seraient liées à une volonté de mettre le grappin sur le port, l’escorte des véhicules d’occasion, les péages et autres marchés publics en guise de contrepartie à un probable ralliement au pouvoir. Par contre, quelque chose à changer radicalement et qui justifie cette défection des insulteurs publics de la scène publique. La plupart happée par une course effrénée à un enrichissement sans limite ne se reconnaissent plus dans la posture du griot de circonstance. Entre les chantiers et les maîtresses disséminés sur le territoire national et à l’extérieur du pays, les missions juteuses, la gestion des comptes en banques et les voyages d’agrément, il n’y a plus beaucoup de place pour courir les plateaux de télévision en posture de redresseur d’image du docteur-président. Exercice vain et éprouvant en l’absence de boussole et de programmation de l’action gouvernementale.
Jamais personne ne les a rappelé à l’ordre ni ne les a interdit d’antenne. Les fameux contrats-médias leur offrent la possibilité de déverser leur bile en toute impunité et à tout moment sur tous ceux qui trouvent à redire sur les égarements du régime. Sauf que « émergent qui mange ne parle pas ». Une anecdote concernant un conseiller du chef de l’Etat dans une salle d’attente de télévision traduit bien l’évolution de la mentalité de certains courtisans embourgeoisés. Le même conseiller qui, il y a quelques mois, faisait le pied de grue aux abords du siège de cette même télévision ne serait-ce que pour obtenir une petite interview, trouve aujourd’hui le mobilier du studio très inconfortable. La métamorphose vient certainement du fait qu’en moins de deux ans passés dans les bonnes grâces du pouvoir, notre cher conseiller a réussi à intégrer sa nouvelle villa, rompant du coup avec de longues années dans un appartement loué en plein milieu d’un des quartiers les plus insalubres de Cotonou.
L’activisme médiatique du début de mandat rentrait dans une phase de positionnement qui a porté ses fruits. Le fait de parler au nom du chef de l’Etat sur une télévision était destiné avant à réaffirmer sa proximité avec le grand patron. Un statut qui se monnaie assez facilement sur le terrain, dans les ministères, les sociétés publiques ou semi-publiques. Il ne restait qu’aux « hommes du président » de passer ramasser les marchés publics, les contrats pour leurs sociétés écrans, les étrennes de princes et les cadeaux onéreux au frais du contribuable. Les émergents qui ne mangent pas font désormais partie d’une espèce en voie d’extinction.
Très fâcheux pour une propagande à cours d’arguments.
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