Pendant que Yayi Boni flotte, par des calculs fastidieux, 2011 approche.
CHRONIQUE DU JOUR
Au cœur de l’ouverture
10 octobre 2008
En cette veille du remaniement ministériel, la politique revient au cœur de la nation et le débat sur l’ouverture soulève la cruciale question des partenaires politiques recommandés à Boni Yayi après l’incroyable succès de l’Upr de Issa Salifou et Force Espoir de Antoine Dayori dans le Septentrion.
Si la mare aux cauris connaît une étrange crue du fait de sa nature, elle ne saurait suffire à revigorer le maître des lieux. Les étiages prononcés par endroits ont vertement asséché des rigoles électorales de Force cauri pour un Bénin émergent (Fcbe). La politique d’ouverture exigée pour répondre aux préoccupations des électeurs et recoller les écorces vivifiantes émondées par maladresse fait bouger les politiciens. C’est de bonne guerre. Mais dans les commérages engraissés aux passions politiciennes, on escamote très souvent l’élément, combien important, de la hiérarchie des candidats ou plutôt des qualifiés pour le régime de l’ouverture. Cette table des valeurs politiques injustement occultées me préoccupe.
La présence au gouvernement est d’abord un mérite politique. La technocratie n’a jamais nié ce principe, même si au nom du développement et de l’émergence, elle réclame sa place dans le cercle gouvernemental. Devant le banquet du pouvoir, il est difficile de faire prévaloir son inappétence. Dans un remaniement annoncé à mi mandat présidentiel, la politique s’arroge naturellement le droit d’imposer le mérite électoral. Tant pis pour les poids plumes, les vendeurs du vent et quelques chenilles qui se prennent pour des papillons.
Les dernières consultations électorales ont désigné les poids lourds de la politique, dans la logique non fragmentée, du mérite. Les traditionnels partis politiques ont rebondi dans leurs fiefs et le G4, incarnation de la communion de la vieille garde, explose son orgueil et monte les enchères. Requinqué par le souffle des élections municipales, communales et locales, le G4 retrouve le sourire et soumet son statut de puissance politique à une inflation de conditions. Mais la grande révélation des scrutins des 20 Avril et 1er Mai 2008 aura été un autre G, le G13. Ce G là a de l’allure. Les urnes ont fait de lui la deuxième force politique du pays après le regroupement Fcbe. Ce G13 conquérant est le rival des forces cauris dans le septentrion. Ses composantes Union pour la relève (Upr) et Force Espoir bousculent la hiérarchie dans l’Alibori et l’Atacora. La révolution Upr-Force Espoir est en marche.
Les députés Issa Salifou, Rachidi Gbadamassi, Arifari Bako, Antoine Dayori...font peser leur poids politique dans la balance. A l’Assemblée nationale, ils ont la magie de balancer la majorité parlementaire à volonté. Ce G13, politique, solidaire et tenace doit être à mon avis, le premier partenaire de Boni Yayi. Les faits l’exigent, la politique le valide, l’ouverture devrait le confirmer. Contraint au partage des voix dans des départements du Nord, le leader cauri est réduit à assimiler le chapitre électoral du cours politique donné par les stratèges de l’Upr et Force Espoir. Que peut en effet faire Boni Yayi sans le G13 ? La réponse du parlement est sans ambages. S’il prend le risque de banaliser la montée en puissance du groupe du très redoutable Issa Salifou, il sera réduit à conjuguer avec le blocage. L’expérience de l’ordonnance a sans doute édifié le docteur président. Au cul de sac parlementaire peuvent s’ajouter des mésaventures dans le Septentrion. Sans l’Upr et Force Espoir, Yayi plongera dans les incertitudes dans l’Alibori et l’Atacora avec des risques évidents de perte immense de voix à Parakou. Son prédécesseur Mathieu Kérékou n’était pas exposé à cette menace.
Le précepteur du changement a néanmoins la solution pour échapper aux souffrances politiques. Le G13, membre de la mouvance, n’est pas allergique aux coutumes de la famille cauri. La volonté de rejoindre les rangs est perceptible. Seul le rituel de l’adhésion pose problème. Issa Salifou, Antoine Dayori...attendent une cérémonie digne de leur rang. Le remaniement en sera le symbole politique et l’exorcisme du mal des dissensions. Reste à Yayi d’exploiter l’ouverture affichée par les hommes de Saley. A l’esprit d’ouverture du G13 doit répondre une politique d’ouverture de Boni Yayi, seule condition pour sauver le remaniement et le rendre utile. Le G13 attend, il a des arguments. Yayi flotte, peut-être envahi par des calculs fastidieux. Mais le temps passe et 2011 approche.
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