CHRONIQUE DU JOUR
Le changement en atelier
14 octobre 2008
Un atelier de réflexion sur l’appropriation du concept du changement. C’est le ministère chargé des relations avec les institutions qui accouche de l’initiative. Le changement entre en atelier et agite les esprits. Les idéologues du régime ont de la matière et se meuvent dans une gymnastique intellectuelle digne de ces moments de vente des chimères.
Comme en de pareilles circonstances, la solennité des déclarations et les aveux inopportuns visent à justifier l’esbroufe. ’’Nous qui sommes les leaders du changement, est-ce que nous comprenons très bien le concept du changement ?’’ Cette interrogation du ministre porte parole du gouvernement véhicule à elle seule les bizarreries d’un curieux atelier. Les inquiétudes sur l’appropriation du changement apparaissent plus épaisses au regard des paradoxes, des fautes et maladresses commises au nom du changement. La République du changement entasse ses vices, faute d’une vaste ignorance qui inonde le cœur même du pouvoir et frappe un régime encalminé par le chant des griots incultes.
’’Ça peut changer, ça doit changer, ça va changer’’ ; le slogan du leader repris en chœur et professé sans conviction a nourri la galerie d’opportunistes et d’ignorants fascinés par un concept aux contours immenses. L’idéologie en vogue du changement mal compris entraîne le zèle des pseudo-changeurs. Changement, changement, la mode fait chanter et gambiller sans repère et sans objectif. Le rythme endiablé des idéologues en transe, loin de la vision du leader, dégrade la route de l’émergence et aménage le chemin de toutes les folies. Changement ! Ce seul mot est à l’origine des déviances monstrueuses.
Le réflexe du slogan et la récitation des poésies de changement n’ont pas eu d’impact visible sur les mentalités et la gouvernance. ’’Ça peut changer, ça doit changer, ça va changer. Qu’est-ce que le leader veut dire ? Le ministre porte parole s’interroge encore. Les cadres des ministères du changement vont évaluer leurs connaissances des principes de ce changement
Mais on ne devrait rien espérer de cet atelier consacré à la réflexion sur l’appropriation du changement. L’objectif ventilé de l’élaboration d’un plan de communication pour bâtir un consensus national autour du concept est une illusion. La méthodologie d’approche pour l’ancrage du changement au sein des populations est une pure vue de l’esprit. Les leçons sur le changement ne suffiront pas à bousculer les habitudes. Les trois communications sont révélatrices du manque de méthode des amuseurs de l’atelier. Les cours sur le changement se sont articulés autour du changement : slogan ou processus dynamique ; le changement dans le contexte de la démocratie et comment faire Notre changement. L’atelier de propagande a juste fait envahir la religion du changement d’un mal supplémentaire : la constipation de l’opinion.
J’ai comme l’impression que l’atelier de mi mandat présidentiel ne sonnera pas le glas des actes aberrants posés au nom du changement. Le discours embrouillé des promoteurs désespérés du changement complique l’assimilation des implications de l’idéologie. L’atelier de sortie de crise, financièrement saignant, est inutile. La crise du changement est si profonde que les exposés destinés à meubler une journée de réflexion rémunératrice n’y peuvent rien.
Presque trois ans après l’avènement de Boni Yayi au pouvoir, les palabres sur le changement sont restés stériles. L’atelier de Hountondji, aveu d’échec de la promotion du changement, consacre la faillite d’une idéologie mal appliquée. C’est à Yayi de reprendre l’initiative, lui seul maîtrise son concept de changement et ce slogan qui l’a porté au pouvoir en mars 2006. L’atelier folklorique du lundi 13 octobre 2008 n’a pas démenti cette conclusion.
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