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Découpage territorial : coup de bluff ou coup de poker ?

 Mardi 14 octobre 2008

 
Courage ou témérité ? Démolé Moko, ministre en charge de la Décentralisation, a cru de son bon droit, en tant qu’une autorité de la République, de rendre public le nom des chefs lieux des six nouveaux départements. Le ministre ne peut ignorer le caractère délicat, hyper sensible de ce dossier. C’est le régime du Président Kérékou qui a créé, en janvier 1999, ces six nouveaux départements. Et pourquoi ce dernier n’a-t-il pas pris le risque d’en nommer les chefs lieux ?
De deux choses l’une. Premier cas : le ministre Démolé Moko, prenant son courage à deux mains, mais jouant en solo, sans s’être concerté avec le gouvernement, décide d’envoyer un magistral coup de pied dans la ruche. Il ne lui reste plus, après les effets plutôt désastreux de son annonce, qu’à tirer toutes les conséquences de sa symphonie inachevée.

Deuxième cas : le ministre Démolé Moko, en mission pour le gouvernement, se fait délibérément fusible, défini par le dictionnaire comme  une personne susceptible de  perdre son poste, de « sauter » pour en protéger une autre plus importante. Dans le cas d’espèce, la   solidarité gouvernementale devrait le sauver du KO comme le gong sauve un boxeur au bord de la rupture.
Tout laisse croire, en tout cas, du point de vue de l’analyste que nous sommes, à moins d’être démenti, que la désignation des nouveaux chefs lieux de département a tout l’air d’un coup politique, aux allures d’un passage en force. Une sorte de césarienne pour faire accoucher un problème ancien qui n’a cessé d’alimenter les suspicions, d’entretenir des surenchères et de pourrir ainsi les relations entre les populations et les autorités.
La situation créée à la suite de la sortie manquée de Démolé Moko peut se résumer ainsi comme suit : le ministre rend public le nom des nouveaux chefs lieux des six nouveaux départements,  une annonce assortie des critères retenus pour justifier un tel choix. Mais aussitôt, la contestation gagne des localités comme Allada, Dassa, Savè, Kétou… Le gouvernement, présentant que cela risque  de tourner au vinaigre, bat en retraite et frappe de nullité sa première décision. Le coût politique de cette opération ne peut être que lourd : mise à mal de l’autorité de l’Etat, complication d’un dossier déjà fort complexe, image quelque peu écornée du gouvernement qui donne le sentiment de manquer de contrôle sur les décisions qu’il prend.
Voilà la situation ainsi créée. Mais alors, que faire ? Ne répondons pas à cette question avant que nous ne nous demandions pourquoi avoir choisi, sans préparation conséquente et sans pédagogie adéquate, de s’attaquer à un dossier hyper sensible qui a tout l’air d’un brûlot ?
La décision de désigner les chefs lieux des départements ressemble à toutes celles restées jusqu’ici en rade. Pensons au commerce de l’essence frelatée dite « Kpayo ». Référons-nous à l’occupation anarchique des berges de nos lagunes. Et que dire de l’arrêt de l’exploitation du sable marin ? Sur tous ces dossiers, nous avons fait, comme on dit, un pas en avant, mais deux pas en arrière. Une décision se mûrit. Il y a un avant de toute décision, en termes, de préparation, d’expérimentation, voire de mesure de l’opinion, le sondage étant devenu, pour tout gouvernement qui se respecte, un outil de travail moderne, un auxiliaire précieux...
Si le gouvernement avait réussi son coup, il aurait raflé la mise : le gain politique de s’être attaqué à un dossier hyper sensible, l’avantage de disposer de six postes de commandement comme autant de points d’appui pour son action, à court et à long termes dans le pays, l’estime et la reconnaissance de franges de populations qui se seront senties honorées par la promotion politico administrative de leur localité. Ce n’est, finalement, pas mal : le gain attendu vaut bien le passage en force intervenu.
Que faire à présent ? Le statu quo ante, d’une part, c’est-à-dire l’état de fait et de droit tel qu’il existait avant l’intervention du ministre Démolé Moko. Ce qui reviendrait à laisser tout en état tel que hérité du précédent régime depuis 1999 : six chefs lieux pour douze départements. Ce n’est pas une solution. C’est plutôt la politique de l’autruche.
La mise en chantier d’un nouveau découpage territorial d’autre part, commandée par les vives réactions de protestations enregistrées ces jours derniers dans certaines localités de notre pays. Le gouvernement n’agirait plus. Il serait agi par les circonstances extérieures. Les critères qui présideraient à une telle opération risquent fort d’être tronqués. On se rendrait vite compte que le désir de faire plaisir, de ménager les susceptibilités, en caressant dans le sens du poil, l’emporte sur le souci de créer des entités territoriales politiquement équilibrées.
La dernière solution, c’est de reprendre le dossier actuel tel que nous le connaissons désormais et de procéder à un travail préalable et de fond auprès de toutes les localités contestataires. La palabre, sous la forme moderne de la gouvernance concertée, devrait immédiatement se mettre en mouvement. Des compensations devraient être envisagées pour que chacun retrouve d’une main ce qu’il aura perdu de l’autre. En somme, un pari gagnant-gagnant où personne ne perd au change. Car, s’il est flatteur d’abriter un chef lieu de département, n’est-il pas plus important de réussir la décentralisation, équivalent de développement à la base ?

Jérôme Carlos
La chronique du jour du 14 octobre 2008
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Tag(s) : #EDITORIAL
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