Bénin: Tribunal dans la chambre de passe
Mercredi 15 octobre 2008
Qu’est ce qui a bien pu motiver le ministre de la justice et ses collaborateurs à transférer le tribunal de première instance de Cotonou dans une chambre de passe ? Qu’est ce qui a bien pu motiver le ministre de la justice et ses collaborateurs à transférer le tribunal de première instance de Cotonou dans une chambre de passe ? Plus qu’une obsession, cette question me turlupine quand réquisitoires et plaidoiries se bousculent dans un cadre au passé salace.
Le devoir appelle le journaliste qui va toujours filmer ce qu’on lui défend de voir, dire ce qu’on ne veut pas entendre, ramener ce qu’on lui interdit de posséder. C’est une chambre de passe transformée en un lieu de culte qui abrite le tribunal de première instance de Cotonou.
Et voilà les toges promenées dans un lieu qui traîne encore les séquelles d’actes de fornication, d’adultère, du plaisir sexuel vendu et du bordel érotique. Certes, le passage de la chambre des consommateurs de plaisir payé à un lieu de culte peut faire mijoter le rapprochement de la justice de Dieu à celle des hommes. Mais, l’immense défilé des jouisseurs et le vacarme de libido avaient longtemps pollué l’environnement de l’hôtel Hervé Ulysse devenu aujourd’hui le siège du tribunal. Quelle mouche a piqué la justice béninoise pour qu’elle en vienne à s’offrir l’insolite en délibérant dans une ancienne chambre de passe ?
Ce choix me paraît, toute proportion gardée, aussi grotesque qu’injuste. L’endroit est mal éclairé et présente les traits d’une bicoque. Le bâtiment n’a rien à offrir pour distraire les yeux. Juste un assemblage de béton sans véritable architecture et souillé par le défoulement lubrique. Entre ces murs infectés et dégageant les odeurs têtues de matières génétiquement polluantes, juges et avocats étouffent, avec beaucoup de peine, leur colère et la révolte de leur cœur. Seule l’acceptation des souffrances comme le châtiment du karma vient alléger les ressentiments de nos juges, avocats et auxiliaires de justice débarqués dans l’ancienne chambre de passe. Quelle sécurité cette maison sans parking approprié peut-elle procurer à nos hommes de justice ? Mais la justice, sous le ministre Gustave Anani Kassa a décidé de respirer l’air nauséeux des passages libidineux. La ville de Cotonou est-elle si pauvre en bâtiment plus salubre pour abriter le tribunal, le temps de la réfection ? La justice mérite mieux que la couverture libidinale et les litanies induites de la location d’ancienne chambre de passe et de chapelle.
Cette affaire de tribunal logé dans une maison sombre collée à une ambiance glauque n’est malheureusement pas une production isolée du régime actuel. Le gouvernement du changement est maître dans l’art de semer le ridicule. Sinistre ritournelle dites-vous ! Accrochez-vous bien, ça va tanguer.
La suspension de l’exécution des décisions de justice relatives aux affaires domaniales et des décisions en cours s’est révélée une bourde de jeunesse. Le degré de la maladresse gouvernementale était un mauvais présage. Le ministre Kassa ne s’empêchera pas d’évoquer l’existence d’un gouvernement émergent et d’un Etat fort au Bénin. Son copain des sports s’investit plutôt dans l’élevage de panthères qui vont bientôt émerger. Tout se fait et se dit au nom de Boni Yayi au point où le chantre de l’alphabétisation en vient à jurer que seul le Président croit en son changement. Dans la foulée, Ali Baba et les voleurs ont infiltré le changement de Yayi. Si le chef de l’Etat ne met pas fin à la pagaille de ces ministres qui injectent des idées saugrenues, son changement risque de prendre l’eau. Le babillage des collaborateurs du Président de la République et les flacons de poison en remorque à l’immense agitation mettent ce qui reste du changement en péril. Quand ce changement devient un théâtre qu’anime le bavardage de ministres, il n’y a pas de quoi pavoiser. Boni Yayi a du pain sur la planche.
Sulpice O. Gbaguidi
Journal FRATERNITE 15/10/08
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