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Afrique, où es-tu ?


Mercredi 15 octobre 2008 

De quel poids pèse l’Afrique dans les affaires du monde ? La question mérite d’être posée au moment où le monde bouge et s’affaire sous l’effet de quelques faits d’actualité qui ont un retentissement planétaire. Sommes-nous, en Afrique, dans le monde, de ce monde ou à côté du monde ? Il va falloir nous situer très exactement. Histoire de savoir si nous comptons vraiment. Arrêtons à l’instant même notre chronomètre et déterminons  quelques faits majeurs et dominants de l’actualité. Du bouquet des faits qui nous environnent et qui nous envahissent citons trois. Il s’agit de la crise financière qui met à mal toutes les places boursières du monde en panne de confiance ; de la saison des Nobel qui continue de nous faire découvrir ceux et celles qui se sont distingués par ce qu’ils sont et par ce qu’ils font ; enfin, de l’élection présidentielle aux Etats-Unis qui fait se profiler à l’horizon l’inédit et l’ineffable, avec l’arrivée possible d’un Noir à la Maison Blanche.

Par rapport à ces trois grands faits d’actualité, où est l’Afrique ? Que fait l’Afrique ? De quel poids pèse-t-elle pour infléchir les choses dans un sens ou dans un autre ?  Bel exercice d’évaluation de nos capacités et de nos potentialités, dans un monde devenu le village planétaire régi par la loi de la proximité. Ce qui explique que, par la force des choses, nous sommes contraints à la cohabitation et à l’interdépendance, les intérêts des uns touchant aux intérêts des autres.
Commençons par la crise financière internationale qui a rendu folles, depuis, les places boursières du monde en proie à une crise sans précédent. Une folie bien contagieuse, en ce qu’elle  n’a épargné aucun des dirigeants des grands pays qui ne savent plus où donner de la tête. De Paris à Tokyo en passant par Washington, c’est une égale fièvre qui s’empare des êtres et des choses, c’est le même branle-bas de combat au rythme des plans de sauvetage, qui, divine surprise ou suprême hérésie, asseyent l’Etat dans un rôle de chef d’orchestre au cœur même du bastion d’un capitalisme pur et dur.
Que se passe-t-il en Afrique sous les rafales de cette tempête et avec les lames de fonds de cette mer démontée de la crise financière qui balaient le monde ? Rien. C’est le calme plat. Comme si nous étions sur une autre planète, hors de l’actualité, loin de l’histoire de notre temps avec ses épisodes heureux ou tragiques, avec ses séquences torrides ou sereines. L’Afrique qui ne pèse que 3% dans le commerce mondial, cela expliquant ceci, est à l’image d’une île tranquille et calme au milieu des eaux agitées d’une mer déchaînée.
La pauvreté semble nous protéger contre la folie qui s’est emparée du monde. Mais ce qui est sûr, les fous finiront par guérir de leur mal. Ils poursuivront alors leur marche sur l’axe du progrès et de l’accumulation des richesses, après qu’ils eurent tiré des leçons de leurs malheurs et réformé leur système. Mais le calme autour du pauvre n’est pas une promesse de sortie de la pauvreté. Pourquoi ne deviendrons-nous pas fous à notre tour avec l’espoir de retrouver un jour, comme les autres, les chemins du progrès et de la richesse ?
Le deuxième grand fait d’actualité que nous avons retenu, c’est le Prix Nobel 2008. Cette prestigieuse distinction qui a un écho planétaire, enregistre des lauréats venus de tous les continents, sauf de l’Afrique. N’avons-nous, sur les 850 millions d’hommes et de femmes que nous sommes, aucun profil de scientifique de haut vol, de littéraire accompli ou d’homme de paix avéré ? Serions-nous un désert de valeurs, dans le sens de « ce qui est vrai, de ce qui est beau, de ce qui bien » ? La question mérite d’être posée.
Mais d’être mis hors jeu du Prix Nobel ne doit pas nous laisser indifférents. Notre absence a valeur d’une grave interpellation. Il nous faut nous interroger sur tous nos rendez-vous manqués, à certains grands tournants de l’histoire et en tirer des leçons, non de ressentiment, mais de détermination pour aller toujours de l’avant. Il nous faut nous interroger sur notre gouvernance pas toujours des plus catholiques, sur la démocratie que nous folklorisons à loisir, sur nos cultures sur lesquelles nous nous asseyons, préférant adopter la posture d’hommes et de femmes qui communient à des valeurs autres que les leurs et qui se désaltèrent aux eaux troubles et problématiques des sources inconnues d’eux-mêmes.
Enfin, l’élection présidentielle américaine, avec cette fois-ci la particularité que l’un des deux grands prétendants au bureau ovale est Noir, a des racines africaines, plus précisément kenyanes par son père. Ici, la référence à l’Afrique nous paraît  directe et claire, au point de nous faire croire que nous n’avons un autre choix que de nous faire inviter dans cet événement politique considérable qui touche à la première puissance du monde.
Mais Barack Obama, notre « frère » qui risque, en conquérant la Maison Blanche, de provoquer le séisme politique dont tremblera longtemps le monde, Barack Obama, au cours de sa campagne, a visité l’Europe, l’Asie, le Moyen-Orient, mais pas l’Afrique, restée certainement pour lui une simple référence sentimentale, à la limite du symbole. Il faut que nous le sachions : Barack Obama est d’abord et avant tout Américain et le restera si le sort venait à en faire le premier des Américains. Voilà l’Afrique remise à sa vraie place. Mais l’essentiel n’est-il pas, finalement, de sa place, qu’elle se mette debout et qu’elle marche ? Le mouvement, a-t-on dit, se démontre en marchant !

Jérôme Carlos
La chronique du jour du 15 octobre 2008


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Tag(s) : #EDITORIAL
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