Bénin: L’emploi sous les Change - menteurs
Par Arimi CHOUBADE
4 novembre 2008
Le nouveau refrain de l’angélus de la Marina ? 200 emplois créés par l’un des machins de la fameuse réforme de la filière des véhicules d’occasion – cette filière décidément. Savez-vous ce qu’ils font, ces employés de l’émergence ? Gardiennage des véhicules en transit depuis le port jusqu’aux parcs de vente. La propagande ne dit pas ce qui revient à cette horde de gagne-petit sur les prélèvements de 2500 f Cfa par véhicule prévu pour financer cette vaste opération de gardiennage. Butin destiné en réalité à fouetter la campagne du docteur-président en 2011 prédit d’ores et déjà la dérision locale.
A mi-mandat on peine toujours à définir le profil de l’employé-type de l’émergence. Certains naïvement avaient pensé à l’avènement d’une industrialisation tous azimuts, d’une modernisation de l’agriculture, d’une renaissance de l’entreprenariat privé, d’un développement soutenu des services et du commerce. Se référant à la glose intempestive des nouveaux princes sur la mise en place de solides jalons d’une émergence économique sensés pouvoir fidéliser des jeunes employés sur des dizaines d’années. Il n’en est rien au bout de deux ans et demie de gouvernance en pointillés. On comprend alors l’intérêt du sommet du régime à la communication autour de 200 malheureux petits diplômés oisifs. Ils ont certainement des choses à faire oublier. Comme cela avait été le cas des milliers d’autres jeunes dont les gazettes émergentes se faisaient les choux gras durant les préparatifs du sommet de la Cen-Sad à Cotonou en juin 2008. Des héros éphémères qui sont retombés dans l’oubli aussitôt que le guide libyen eut plié sa tente de bédouin.
Les prétendus 200 nouveaux élus de la filière de véhicules d’occasion devraient se souvenir de leurs précédents collègues du secteur, vidés sans ménagement à l’avènement du régime du Changement en 2006. Le retour à la douane de l’activité d’escorte a entraîné la dissolution de toutes les anciennes sociétés agréées en la matière et la mise au chômage de milliers d’agents. Le gouvernement Yayi et son sens bien particulier de l’équité et de la justice ont préféré faire verser des centaines de millions à la hiérarchie militaire au titre d’indemnités aux soldats concernés pendant que de milliers d’autres jeunes béninois sont contraints de prendre le chemin de l’inactivité, l’oisiveté, la déprime et la dépravation. Sans chercher à jouer au rabat-joie auprès de ces 200 « gardiens »de véhicules d’occasion, on peut bien s’étonner du mutisme des griots sur le statut de ces nouvelles recrues : contrat, sécurité sociale, couverture médicale, critères de recrutement et surtout transparence dans la sélection de la société adjudicatrice de cette activité.
L’opération de charme autour de ces quelques recrues au port dévoile un peu plus le goût du cynisme qui s’empare de l’Etat-Fcbe. Ce qui leur permet de passer par perte et profit les nombreux licenciements provoqués par les persécutions fiscales ayant systématiquement ciblées tous les opérateurs qui se refusent à s’afficher aux cotés du chef de l’Etat lors des séances de bondieuserie dans des églises évangéliques ou à l’occasion de meetings à la gloire du Changement. Pas le moindre ressentiment pour les victimes de la cessation d’activité de la part de nombreux opérateurs économiques qui ne rêvent que d’une fin au règne de la terreur, de la ruse, du racket, de la corruption, des fausses promesses, de la démagogie. Ne parlons pas des victimes directes de la mégalomanie de prince qui a conduit à une perturbation inutile des réseaux Gsm durant plusieurs mois en 2007. Les délestages n’arrêtent également pas de provoquer la faillite et le désarroi des petits agents économiques.
Dès que les émergents parlent d’emploi, il vaut mieux courir chercher des mouchoirs pour essuyer des larmes.
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