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Pour des démocraties apaisées et autorégulées

 Mardi 04 novembre 2008

George Bush, le Président sortant des Etats-Unis, vit ses derniers  jours de pouvoir à La Maison Blanche. L’installation du nouveau Président, en janvier prochain, viendra mettre fin officiellement au contrat de huit ans, soit deux mandats de quatre ans chacun, qui l’a jusque là lié au peuple américain.
George Bush est entré à la Maison Blanche avec l’événement mémorable du 11 septembre 2001.

Il en repart sous les rafales  d’une crise financière qui sème la désolation sur toutes les places boursières. Deux tristes événements qui  encadrent une présence de huit ans à la tête des Etats-Unis. Aux dires de certains, les années George Bush ne risquent pas d’être de  celles qui marqueront positivement la mémoire collective des Américains. Plus tôt on les aura oubliées, argumentent-ils, et mieux cela vaudra.
Pourtant, George Bush partira de la Maison Bush tranquille, ayant exécuté sa charge présidentielle dans des conditions, certes, difficiles, mais avec la conscience du devoir accompli. Il ne viendra à personne la pernicieuse idée de le faire comparaître devant un tribunal. Comme personne ne s’aviserait de lancer à ses trousses une multitude de commissions de vérification de sa gestion ou d’explication sur certains dossiers de l’Etat.
L’homme partira avec des avantages, des honneurs, voire des privilèges qu’il n’aura pas usurpés. Toutes ces choses sont consacrées dans des textes de loi qui ont une valeur contractuelle incontestable entre l’intéressé et le peuple américain. Elles sont naturellement dues à un citoyen qui a servi son pays au plus haut niveau de l’Etat. Elles sont destinées à honorer celui-ci, en continuant d’honorer le pouvoir qu’il a incarné.
La situation du président américain, arrivant au terme de son mandat, n’est en rien comparable à celle de la plupart de nos chefs d’Etat africains. En fait, c’est la sortie d’un chef d’Etat, au terme de son mandat, dans les délais constitutionnels impartis, qui continue de poser problème dans les diverses expériences démocratiques  en cours sur notre continent. Et tant qu’une telle sortie ne sera pas rigoureusement « encadrée » par la loi, beaucoup de chef d’Etat pencheront à faire voter des lois opportunistes dans le dessein de tripatouiller les constitutions pour jouer les prolongations au pouvoir.
La limitation des mandats présidentiels, qu’elle soit explicite ou non, a quelque chose de moralement sain dans une démocratie qui se respecte. On peut dire que celui qui accomplit deux mandats à la tête de son pays a eu largement le temps de faire la preuve de son savoir, de son savoir faire, de son patriotisme, de son civisme au service de son pays, au service de ses concitoyens. S’investir à faire varier les compétences, les capacités à la tête de l’Etat, c’est prendre l’engagement de multiplier les chances de développement d’un pays. C’est un indice de bonne santé pour une démocratie que de renouveler son personnel politique aux différents postes de responsabilité, à travers les générations qui se suivent.
C’est pourquoi, deux précautions valant mieux qu’une, il sera toujours utile, pour des sociétés de traditions orales comme les nôtres, de faire mention, de la manière la plus explicite et la plus claire qui soit, de la limitation des mandats présidentiels dans les textes de nos constitutions. Le consensus le plus large est à obtenir sur le caractère intangible d’une telle disposition qui ne devrait pas être sujet à discussion, sujet à contestation ou à remise en question.
Par ailleurs, des garanties d’ordre moral, matériel, sécuritaire doivent être accordées à celui qui a eu le redoutable honneur de servir son pays aux avant-postes. Bien sûr, dans des conditions à faire préciser par la loi, pour ne pas instaurer, consacrer l’impunité. Le respect dû  à l’Etat, et par ricochet au pouvoir présidentiel, doit inciter à continuer à l’honorer, du mieux que l’on peut, à travers tous ceux qui ont eu à l’incarner. Sous ce rapport, tout traitement désobligeant sur la personne d’un ancien Chef de l’Etat est de nature à gauchir et à affaiblir l’Etat et le pouvoir présidentiel.
Il faut tenir de telles garanties comme autant de moyens qui participent à la mise en place de démocraties apaisées et autorégulées, parce que fondées sur des principes et des pratiques établies sur ce qui doit tendre à devenir une véritable  tradition de gestion et de transmission des pouvoirs.
Les démocraties en Afrique sont ainsi placées devant un choix crucial : limiter les mandats présidentiels et laisser partir le chef en fin de mandat, entouré de solides garanties pour son avenir ou installer le chef dans l’insécurité  et l’inconfort d’une fin de mandat qui marquerait pour lui le début de son chemin de croix. Les réactions humaines sont les mêmes sous tous les cieux et à travers tous les âges. L’homme qui se sent respecté est plus prompt à coopérer. Par contre, piétinez un homme et vous en aurez fait un lion prêt à tout, prêt au pire.

Jérôme Carlos
La chronique du jour du 4 novembre 2008
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Tag(s) : #EDITORIAL
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