Les change-menteurs piégés par le lucre …
Par Arimi CHOUBADE
17 novembre 2008
Ça doit changer, ça va changer leur avait-on demandé de scander partout sur le territoire national. Des jeunes emportés par l’innocence et la passion pour la plupart. Ils rêvaient de trouver au palais de la Marina, des combinaisons de pionniers : blousons, godasses, gibecières, croûte et eau fraîche. Le juste nécessaire sacerdotal conforme aux idéaux du Changement prétendument destiné à virer des mœurs politiques, la corruption, l’immobilisme et l’amateurisme. Le véritable bout du tunnel après la décennie Kérékou. Audit des ministères et sociétés d’Etat, croissance à deux chiffres, émergence économique, limogeages des cadres incompétents. Le Bénin applaudit la naissance du Changement à grands cris.
Le spectacle offert aux petits à leur arrivée dans l’antre du Changement n’a rien de comparable avec la vision projetée aux analphabètes d’électeurs sur le terrain. En lieu et place des combinaisons sobres conformes au parfait soldat du Changement, les gars découvrent plutôt la caverne d’Ali Baba. Chambres climatisées, véhicules de fonction, gardes du corps, bons d’essence, primes, indemnités, salaires de princes, gadgets. Et surtout un alignement de courtisans, fesses serrées, entièrement dévoués, tous les matins. Même le grand manitou lui–même n’a pu résister à la tentation de jouissance. Il s’embarque dans son premier voyage présidentiel quelques heures seulement après sa prestation de serment pour ne redescendre que 8 mois plus tard avec le constat d’avoir bousillé plus de 100 milliards f Cfa du contribuable. En pure perte, dirait la dérision locale.
Certains auraient résisté pendant quelques temps. S’essayant même à peaufiner des esquisses de traduction de la vision invisible du chef. C’était sans compter avec la magnanimité de ce chef qui fait littéralement exploser les bonus alors que le boulot n’a même pas encore commencé. Multiplication des salaires des ministres par 4 ; idem pour les Conseillers techniques du chef de l’Etat, Chargés de mission. Agents, chauffeurs, gardes et autres personnels d’appui se voient offert des primes à couper le souffle. Les comptes personnels en banque commencent donc par gonfler anormalement. Les plus assidus au travail n’ont plus le temps de savourer les fruits de cette émergence sociale qui leur tombe sur la tête d’un coup. Les agendas s’en ressentent naturellement. Les meetings de remerciement à l’occasion desquels les notables peuvent constater la rutilance des actuels véhicules de fonction ; les visites de chantier pour ceux qui peuvent enfin s’offrir des maisons ; les extensions de société pour les businessmen ; les constructions d’églises 5 étoiles pour les bondieuseurs, le tour des merveilles du monde pour les amateurs de tourisme. Autant d’occupations qui ne laissent que très peu de place pour les affaires de la République.
Une petite parenthèse : si nos chers notables, si redevables au chef de l’Etat du fait de la nomination d’un de leur fils, pouvaient savoir qu’à chaque fois que l’Etat achète un véhicule de fonction de plus de 20 millions à l’un de ces rejetons privilégiés, c’est une bourgade de plusieurs milliers d’âmes qui se trouve automatiquement priver d’une maternité. Or un parc automobile d’un ministre du Changement avoisine la centaine de million f Cfa pour les plus modestes. Fin de parenthèse.
Ces jeunes qui rêvaient de participer à une passionnante aventure se retrouvent piéger dans un processus de perversion de l’esprit dont-on se demande s’ils en sortiront un jour. Des gourous de service s’échinent à leur enfoncer dans le crâne que le statut d’accompagnateur du docteur-président-plus-que-Dieu donne droit à des privilèges spéciaux. Selon la bonne vieille doctrine qui prétend qu’on supporte mieux les flammes de l’enfer lorsqu’on est accompagné de complices.
Ne leur jetez pas la pierre, ils ne savent pas ce qui leur arrive !!!
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