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Il était une fois, Mathieu Kérékou


Mercredi 26 novembre 2008 
 

A quoi peut servir un ancien Président de la République ? Le Président Abdou Diouf a cédé son fauteuil à Abdoulaye Wade et depuis son semi exil parisien, préside aux destinées de la francophonie dans le monde. Nelson Mandela n’a pas cru devoir quitter son pays. Il sert, depuis son départ du pouvoir, de caution morale pour tout ce qui se fait de bien et de bon dans le sens de la construction de la société sud-africaine post apartheid, la nation arc-en-ciel de ses rêves. Quant à Alpha Oumar Konaré, il a tenu à mettre son engagement panafricain au service de l’Uni­on Africaine.



Au Bénin, nous avons des anciens Présidents de la République qui sont loin de chômer. Le Président Nicéphore Soglo, après avoir tenu le haut du pavé au sommet de l’Etat, a choisi de descendre à la base, dans le cadre de notre expérience de décentralisation. Il est, depuis, le Maire de Cotonou, notre capitale économique. Le Président Emile Derlin Zinsou, malgré le grand âge, 90 ans accomplis, a bon pied bon œil pour être de toutes les concertations et répondre présent partout où se joue l’avenir de son pays.


Mais c’est du Général Président Mathieu Kérékou que nous voulons tout particulièrement parlé, lui qui a accepté de jouer les facilitateurs en conduisant, le lundi 24 novembre 2008, une délégation du G13 au Palais de la Présidence de la République, dans la cadre de la recherche d’une solution à la crise politique que connaît actuellement notre pays.


Cette action projette du coup à l’avant-scène le patriarche de Kuarfa, le Président qui bat le record de longévité à la tête de l’Etat béninois. Il a de chauds partisans et sympathisants, tout comme il doit compter avec d’indécrottables contempteurs et contradicteurs. Toutes proportions gardées, Dieu lui-même ne fait pas l’unanimité en son paradis.


Il reste que le manteau de facilitateur que Mathieu Kérékou vient d’arborer, dans le souci d’aider à renouer le fil du dialogue entre le pouvoir et le G 13, ne l’honore pas peu. Cela nous donne l’occasion, en regardant dans la direction des plus jeunes qui ne connaissent pas pour la plupart l’histoire de notre pays, de rappeler quelques faits majeurs par lesquels le général Président s’est illustré, des faits qui marqueront, sinon la mémoire de ses compatriotes, mais la mémoire du temps.
D’abord, Mathieu Kérékou, aura été, en son corps défendant, l’accoucheur du renouveau démocratique. Car la Conférence nationale souveraine de février 1990, la première jamais tenue sur notre continent, aurait pu être, au mieux, une symphonie inachevée, au pire, un cauchemar. L’homme était acculé. On ne lui demandait pas moins de sortir de scène, de faire son baluchon, après dix-sept ans d’un règne sans partage et de débarrasser le plancher sans autre forme de procès. Mathieu Kérékou s’exécuta, certifiant qu’il avait entendu l’appel pressant au changement de son peuple.
Ensuite, Mathieu Kérékou perdit les élections de 1991 et partit sans demander son reste. Il eut le courage et l’humilité, derrière les filaos de sa maison de fonction, de se refaire à la vie ordinaire d’un citoyen ordinaire. Le culte de la personnalité du régime socialo communiste qui l’avait alors consacré « Grand Camarade de lutte », dans la lignée des Fidel Castro et autres épigones du marxisme-léninisme de l’époque, ne l’avait pas obnubilé au point de l’empêcher de descendre du piédestal où il fut hissé. Il retrouva, au milieu des siens, la vie simple d’un homme qui a su simplement se reconvertir à une vie nouvelle.


Mathieu Kérékou, ce fut cet homme qui rempila en 1996, après s’être fait élire démocratiquement, avec les suffrages du peuple, alors qu’il était entré en politique, la première fois, à la faveur d’un coup d’Etat militaire en 1972, avec les armes du peuple. Retour inattendu de l’ancien révolutionnaire à l’avant-scène. Retour marqué d’actes mémorables et d’une portée symbolique sans pareille. Les Béninois en ont-ils saisi le sens, en ont-ils moissonné les enseignements ? Mathieu Kérékou, revenu au pouvoir, associa à son administration, dans un esprit de grande tolérance, ses pires adversaires d’hier. Emile Derlin Zinsou, Gratien Pognon, deux de ses anciens conseillers, n’étaient que deux des cerveaux pensants de l’action militaire du 16 janvier 1977 alors dirigée, depuis l’extérieur, contre son régime.


Enfin, en 2006, Mathieu Kérékou, après deux mandats, se retira, comme en disposait la constitution, de la scène politique. Fut-il tenté de jouer les prolongations au pouvoir et de tripatouiller, pour ce faire, la constitution ? C’est bien possible. Mais l’histoire ne s’écrit pas à partir des intentions des acteurs. Elle retient les actes que les hommes posent. Mathieu Kékérou partit. La constitution fut respectée en sa lettre et en son esprit. Il n’y aura pas de gomme pour effacer ce qui a désormais valeur d’exemple.

Jérôme Carlos
La chronique du jour du 26 novembre 2008

 

 

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Tag(s) : #EDITORIAL
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