ASSEMBLEE NATIONALE
Le rapport d’activités de Nago rejeté, une 2ème fois
9 décembre 2008-FRATERNITE
L’année 2008 aura été l’année de discorde entre le président de l’Assemblée nationale, Mathurin Nago et une bonne frange de ses collègues députés. Pour une deuxième fois au cours de cette année, son rapport d’activités a été rejeté après un vote de 40 voix pour, 41 contre et 0 abstention. C’était vendredi dernier à l’hémicycle au Palais des gouverneurs à Porto-Novo au cours d’une séance plénière.
Ce rapport d’activités qui prend en compte la période allant du 1er avril au 30 octobre 2008 a été différemment apprécié par les représentants du peuple. Pendant que les députés Fcbe de la mouvance présidentielle ont félicité le président de l’Assemblée nationale pour le travail abattu, ceux des forces politiques G4, G13 et Force Clé l’ont critiqué en l’accusant d’y avoir occulté les réels problèmes qui minent le bon fonctionnement de l’institution. Mais pour sa part, le président Mathurin Nago, a déclaré avoir pondu un rapport d’activités objectif dans le même sillage que les rapports d’activités qui ont été présentés aux députés par la plupart des présidents de l’Assemblée nationale depuis l’avènement du renouveau démocratique au Bénin. Il a d’ailleurs précisé au cours de sa présentation que son rapport est basé sur les activités au plan interne et au plan extérieur. Aussi, a t-il reconnu dans ledit rapport que l’Assemblée nationale n’a pas pu, du 1er avril au 30 octobre 2008, accomplir sa double mission constitutionnelle qui est de légiférer et de contrôler l’action gouvernementale. Ceci, selon lui, à cause des « multiples incompréhensions et turbulences qui ont marqué » les relations entre les parlementaires depuis le début de l’année. A cet effet, il a exhorté ses collègues à plus de convivialité et de courtoisie en leur sein pour la bonne marche de l’institution qu’il dirige.
(Lire ci-dessous les interventions des députés au cours de la plénière)
Daouda Takpara, député Fcbe
« ...Je voudrais féliciter le président pour son rapport d’activités qui a été suffisamment détaillé, assez étayé. Pour cela, je voudrais que nous députés, nous profitions de cette situation pour discuter et détendre l’atmosphère, afin que le stress que nous sentons au sein de la population puisse baisser. Avec ce que les journaux ont écrit par rapport à cette plénière, les populations se posent des questions. Je voudrais qu’on les surprenne et que ce rapport soit adopté... »
Grégoire Laourou, député Fcbe
« ... Je voudrais en tout faire observer que le rapport d’activités que vous venez de présenter et qui couvre la période du 1er avril au 30 octobre 2008 est un rapport suffisamment bien élaboré. D’abord, il est établi dans le strict respect des dispositions de l’article 21 de notre règlement intérieur qui met à la charge du président de l’Assemblée nationale, l’obligation de reddition des comptes au début de chaque session ordinaire. Ensuite, ce rapport a passé au peigne fin, toutes les facettes de la gestion de l’Assemblée nationale, allant des activités législatives et de contrôle parlementaire aux activités d’administration et de gestion du parlement ; avec en annexe, une présentation synthétique de l’exécution du budget 2008. Ce rapport, au delà de tout, a un mérite particulier (...) Il a le mérite de ne pas avoir occulté la crise qui secoue notre parlement depuis quelques mois, crise qui n’a pas permis d’avoir des résultats satisfaisants comme nous l’aurions souhaité. Ce rapport est bon puisqu’il se termine par l’exhortation à la convivialité, à la compréhension, conditions nécessaires pour l’accomplissement des missions qui sont les nôtres. Voilà pourquoi, je voudrais suggérer que nous tous députés, ici présents ou représentés, nous suivons cet appel pour nous remettre au travail pour améliorer les performances que nous avions enregistrées ces derniers temps... »
Thomas Ahinnou, député Fcbe
« ...Je joins ma voix à celles des autres collègues pour vous féliciter pour la clarté de votre rapport. Je regrette aussi toutes les difficultés que nous avons connues au cours de cette période-là et qui ont bloqué les travaux au sein de notre institution. J’espère que la prise en compte de certaines des exigences, notamment cette fameuse question de commission d’enquête qui a été déjà mise en place et dont les travaux sont attendus très incessamment, décrispera l’atmosphère au sein de notre parlement. Je partage avec vous les peines quant à la participation des députés aux travaux de l’Assemblée nationale. Je crois que les populations nous ont élus pour venir à l’Assemblée et non pour rester à la maison. Il y a certains, malheureusement de nos collègues qui ont fait l’option de ne participer à rien du tout à l’Assemblée nationale. Je crois qu’un appel doit leur être lancé pour qu’ils viennent dire en face de la population, les préoccupations qui sont les leurs, plutôt que de rester à la maison à l’ombre pour attiser le feu... »
Adam Boni Tessi, député Fcbe
« ...Je pense qu’après les propos du président Laourou, ce n’était plus utile que je parle. Mais on dit que trop de viandes ne gâtent pas la sauce. Donc, mon souhait, c’est l’apaisement (...) Nous avons les mêmes préoccupations, nous venons de passer un moment avec les ministres et je pense qu’en écoutant les interventions des uns et des autres, on a du mal à se distinguer. Je veux dire par là que nous avons tous comme préoccupation majeure, l’intérêt général, le développement harmonieux de notre pays... »
Nassirou Arifari Bako, député G13
« ...Je voudrais vous remercier pour votre rapport que nous avons suivi attentivement. Je voudrais partir de la conclusion du rapport. La première phrase de la conclusion précise que `’Comme nous pouvons le constater, l’Assemblée nationale n’a pas pu au cours de la période référence ; c’est-à-dire du 1er avril au 30 octobre 2008, accomplir pleinement sa double mission constitutionnelle qui est de légiférer et de contrôler l’action du gouvernement’’. Dans le développement, bien entendu, vous avez présenté `’les maigres résultats auxquels nous avons abouti au cours de cette période’’. J’aurais souhaité que dans ce rapport, au delà de l’invocation des turbulences, des incompréhensions et consorts, qu’on nous donne une analyse politique et réelle de ce qu’a été notre institution au cours de cette période. Cela nous permettra de situer les responsabilités de part et d’autre, d’avancer, d’améliorer. Dans un rapport, je crois qu’on doit tirer véritablement des leçons pour avancer. Or, il se trouve que rien ne nous permet d’expliquer pourquoi nous n’avons pas accomplir notre mission constitutionnelle. Nous n’avons voté que deux lois et quelle loi ! Contrôle de l’action gouvernementale, merde ! Mais pourquoi n’avons-nous pas réussi à le faire ? Le rapport n’explique rien de tout cela. J’aurais souhaité que le rapport soit un peu plus exhaustif que ce qui est ici (...) Je constate que le rapport est dense sur tout ce qui est gestion administrative et financière. Mais la gestion politique de l’Assemblée nationale au cours de cette législature a été escamotée. Peut-être que le président a d’autres éléments à nous apporter en complément pour qu’on puisse mieux comprendre... »
Rachidi Gbadamassi, député G13
« ...Comme tout le monde, nous avons étudié point par point votre rapport. Permettez moi de ne pas être très long. Ce rapport ne me paraît pas du tout satisfaisant. Ce rapport a laissé complètement de côté, les maux qui minent notre Assemblée nationale. Même quand nous consultons de grands politologues, nous savons qu’à l’Assemblée nationale, il y a crise (...) Je comprends monsieur le président, pourquoi vous avez du mal à l’expliquer parce que ce fardeau commence par être lourd. Ceux-là qui doivent vous aider à le porter ne vous facilitent pas la tâche. Je comprends maintenant pourquoi vous n’avez pas abordé cette question politique (...) Monsieur le président, avec tout le respect que j’ai pour vous, humblement, je souhaite que vous retirez ce rapport et complétez ce qui manque ; c’est-à-dire les solutions politiques pour sauver l’Assemblée nationale (...)
Eric Houndété, député Force Clé
« ...Je voudrais à mon tour partager une partie essentielle de vos conclusions, (...) Vous savez monsieur le président que les mêmes causes produisent les mêmes effets (...) J’ai espéré que vous vous engagiez à respecter le règlement intérieur. J’ai espéré que vous vous engagiez à nous faire travailler. Car, pour la période de référence, les chiffres sont éloquents. Et, si nous n’avons pas travaillé, contrairement à ce que le rapport a indiqué, ce n’est pas de la responsabilité des députés. C’est de la responsabilité du président de l’Assemblée nationale et du bureau. Cela parce que nous avons tenu pour 6 sessions extraordinaires, 22 séances alors que dans le rapport qui a été antérieurement rejeté, pour 3 sessions extraordinaires, nous avons tenu 19 séances. Sur 3 mois de gestion dans la période actuelle, nous avons tenu une session ordinaire avec 5 séances alors que pour le rapport antérieurement rejeté, nous en avions déjà tenu 16. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Et, lorsque vous en arrivez aux travaux en commission, vous voyez que c’est la tendance inverse. Malgré les problèmes qu’il y a, nos commissions prises dans leur globalité travaillent (...) Vous avez fait des observations par rapport au fait que nous ne venons pas. Mais le président a oublié de dire qu’il ne convoque pas les séances et qu’il arrive d’avoir des séances suspendues pour une semaine sans raison... »
Ismaël Tidjani Serpos, député Prd, membre du G4
« ...Je ne serai pas long comme mon ami et frère Eric. J’ai 2 ou 3 petites questions à poser à monsieur le président. Dans les questions écrites, vous nous avez rappelé que le gouvernement a répondu à certaines questions qui lui ont été adressées telles que `’la demande du rapport de l’Ige sur les fonds générés par l’escorte des véhicules d’occasion’’. Oui, il y a eu une réponse du président, mais nous n’avons pas eu le rapport de l’Ige. C’est un document d’Etat et c’est une institution d’Etat qui le demande à bon droit. Je ne sais pas ce que cache cette volonté de ne pas transmettre à l’Assemblée nationale, ce rapport. En tout cas, je suis l’auteur de la demande et j’ai juste reçu un bout de papier m’expliquant je ne sais quoi, vide et il n’y a pas le rapport. Je pense que le service administratif aurait dû attirer l’attention du président sur la question précise qui est posée et qui concerne la transmission à l’Assemblée nationale du rapport de l’Ige sur cette question. Monsieur le président, les collègues sont intervenus abondamment et vous aussi vous avez cité abondamment dans votre rapport que c’est la crise. C’est quoi la crise, qu’est ce que c’est que cette crise qu’il y a à l’Assemblée nationale ? (...) On a dit un jour au président Kérékou que j’aime bien et avec son style que personne ne peut d’ailleurs imiter, `’Il faut gérer cette affaire en famille’’. Il a posé la question de savoir `’Quels sont les membres de la famille ?’’ (...) Vous avez dit à Bopa que vous voulez transférer à l’Assemblée nationale les valeurs que Bopa vous a inculquées. Dites-nous, quelles sont les valeurs que vous avez voulu inculquer ici et qui a entraîné crise au parlement béninois ? Aidez nous à comprendre votre perception de la crise au parlement (...) Ce rapport ne nous aide pas à disséquer la crise (...) Si on ne comprend pas, on ne peut pas vous accompagner... »
Lazare Sèhouéto, Député Force Clé
« ...J’ai eu la chance de feuilleter, la revue du parlement et vous en avez fait mention dans votre rapport. Je sais que nous sommes dans notre pays, à l’ère du culte de la personnalité. Mais du premier au dernier article, je n’en ai pas vu un qui, je suis sûr, n’est pas à la demande du président de l’Assemblée nationale que je connais personnellement comme étant un homme qui ne peut pas encourager qu’on fasse le culte de sa personnalité. De ce point de vue, je pense que cette revue de l’Assemblée nationale reste complètement à améliorer. Si c’est pour faire le culte de la personnalité du président de l’Assemblée nationale, ce n’est pas la peine. Deuxièmement, de bout en bout, certains articles confortent ce que certains amènent la presse à dire à propos de l’Assemblée nationale. Moi, ça me gêne que l’hémicycle qui, en réalité fait de la communication institutionnelle, reprenne les arguments du genre de ce qu’il y a ici pour expliquer la crise à l’Assemblée nationale. Quand je lis la conclusion du rapport du président et cette revue là, je me dis que ceux qui demandent apaisement sont loin d’y croire... »
Jean Baptiste Edayé, député Psd, membre du G4
« ...Je voudrais donner quelques paramètres pour permettre aux collègues de pouvoir se situer par rapport au vote parce qu’il faudra réellement qu’on travaille pour notre crédibilité. Quand je prends la période sous référence où on a fait une session ordinaire et des sessions extraordinaires, ça fait 180 jours. En sortant les mercredis, samedis, dimanches, il nous reste 102 jours et on n’a travaillé que 28 jours. Ça fait 5,5/20. Quand je prends les dossiers, nous en avons étudié 24 sur 60. Quand je calcule, ça fait 8/20. On a voté après tout, 4 lois. Là, on se retrouve à 4/20. Notre crédibilité, il faudra que chacun trouve là où ça se trouve effectivement... »
Edmond Zinsou, député Prd, membre du G4
« ...Au regard du rapport d’activités que vous venez de présenter, vous convenez avec moi qu’il est maintenant grand temps que l’on se penche réellement sur la crise qui déchire notre institution. Il faut qu’on se penche sur cette crise parce qu’elle a véritablement marqué l’Assemblée nationale au point où les résultats que présente votre rapport sont minables (...) Qui en est responsable et qui doit œuvrer pour que la paix et l’efficacité reviennent au sein de notre parlement ? Moi, je m’en vais dire comme les Américains que le poisson pourrit par la tête. Il est temps que nous posions des questions pour voir si la tête du poisson est dans cette salle ou hors de cette salle... »
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