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CHRONIQUE DU JOUR


Où sont les pilleurs de l'économie nationale ?

 

10 décembre 2008-FRATERNITE

 

par Sulpice O. Gbaguidi

La troisième journée nationale de la lutte contre la corruption, célébrée en début de semaine, non sans tambour, est en panne d’effet. Le Bénin a utilisé ses traditionnelles trompettes pour la démonstration théorique et festive qui émaille traditionnellement ladite journée. Le folklore de la croisade contre la corruption s’est toujours adapté à l’évolution du temps.

La corruption est devenue chez nous une histoire de baguette, de cuillère à café et de louche. Sur cette échelle de gradation ascendante, les politiciens rivalisent de métaphores pour s’investir dans une querelle dominée par un jeu de ping-pong. Le débat sur la corruption laisse un goût d’inachevé et de la gêne partagée. On ne sait plus finalement à quelle époque appartient la corruption haut de gamme, celle à grande échelle où ceux qui sont rapides au festin et lents à la course, mangent avec leurs pieds et courent avec leur bouche. On épilogue sur la corruption sans identifier ceux qui utilisent les cuillères à café et les louches alors que le fléau prend la forme d’une imprécation. Où sont-ils, ceux qui vont au banquet national avec les cuillères à café, les louches ou les baguettes ? Du " rendre gorge aux pilleurs de l’économie nationale ", formule stérile de Soglo à la marche inédite mais encore improductive de Yayi en passant par les 95% tapageurs de Anne Cica Adjaï qui publiait le ratio de ministres corrompus sous Kérékou ; la lutte contre la corruption côtoie l’illusion. Louches et cuillères à café se promènent sur les tables publiques sans que ceux qui les déplacent et les orientent ne soient localisés. La corruption serait -elle étrangement l’affaire de mains invisibles ? Trêve de distraction.

 

Le ministre de la réforme administrative et institutionnelle a fort heureusement rappelé que " le maillon faible du dispositif national de lutte contre la corruption est l’impunité qui résulte de la non application des textes ". Il n’en demeure pas moins que l’obligation de résultat pèse sur le régime du changement qui a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. Le pari achevé par la marche historique de juillet 2007 implique un défi pour le Chef de l’Etat. Certes, devant la galerie des corrompus invétérés et des pesanteurs multiformes, la lutte contre la corruption est vouée à congeler les susceptibilités et à connaître la disette. La politique elle-même, rend cette lutte compliquée. Les parrains de la pègre locale ne manquent pas d’imagination ni de cordes politiques pour assurer leur survie.

 

Les nids de corrompus existent, avec eux les louches et les cuillères à café dont nous parlent les politiciens. La bataille contre la corruption est une œuvre de longue haleine que des actes concrets crédibilisent et que les effets d’annonce fragilisent. La journée nationale de lutte contre la corruption et tous autres élans des supposés anti-corrompus n’ont pas encore suffi à briser la résistance et endiguer l’ampleur du phénomène. Cuillères à café et louches existent toujours, les baguettes aussi ; peut-être les spatules, les gamelles ou les pelles complèteront les instruments de pillage du patrimoine national. Avec l’impunité, la corruption a sans doute de beaux jours devant elle. Malheureusement.

Sulpice O. Gbaguidi



 

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Tag(s) : #EDITORIAL
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