An deux d’un OPM contraire à la constitution: Pour l’honneur Tévoédjrè doit démissionner
vendredi 20 février 2009, par DP Le Grand Journal
Nommé il y a deux ans, le président de l’Organe présidentiel de médiation (OPM) a présenté hier son premier rapport. C’était hier au palais de la Marina en présence des corps constitués de la nation.
Romain L. KIKI
Le professeur Albert Tévoédjrè, après deux ans d’exercice, a choisi l’an 19 de l’historique conférence nationale pour remettre au chef de l’Etat son premier rapport d’activité. Au-delà du caractère officiel de la cérémonie, il faut voir en sa tenue une volonté du président de l’OPM de justifier (même s’il s’en défend) coûte que coûte l’existence de l’institution.
Depuis que l’Organe présidentiel de médiation (OPM) est déclaré contraire à la constitution par la Cour constitutionnelle, le professeur Tévoédjrè cherche par tous les moyens à baser son existence sur une loi. Ce qui est à encourager. C’est dans ce cadre qu’un projet de loi a été introduit au parlement. Mais l’examen de ce projet de loi devant conduire à un OPM légal a été reporté, à l’unanimité, par les députés.
Cette deuxième mésaventure du professeur a renforcé l’attention de l’opinion nationale et internationale sur l’illégalité de l’organe qui, paradoxalement, bénéficie toujours des fonds publics pour son fonctionnement.
En principe, un grand homme comme Tévoédjrè devrait mettre fin à sa fonction depuis le jour où la Cour a déclaré son organe contraire à la constitution. Mais Albert Tévoédjrè a préféré évoluer dans l’illégalité le temps d’espérer qu’une loi vienne rendre légal son organe. Ce faisant, son image d’homme rigoureux a pris un coup, le transformant ainsi en un promoteur du non respect des décisions de la Cour constitutionnelle. Affligé d’une part par le désintérêt de la totalité des députés par rapport à l’urgence d’une loi pour l’OPM et d’autre part par la volonté de certains parlementaires de constitutionnaliser l’OPM, le professeur Tévoédjrè se trouve dans l’impasse et juge alors nécessaire de justifier l’existence de l’OPM. Sinon pourquoi le médiateur de la présidence de la République n’a-t-il pas présenté son rapport de l’an ? Des informations de sources crédibles renseignent qu’Albert Tévoédjrè a perdu tout espoir après le report par les députés du projet de loi sur l’OPM. Ce qui l’a le plus irrité, c’est le fait que les députés de son alliance politique (FCBE) aient voté en sa défaveur. Quand on connait le mode de fonctionnement des députés FCBE, on peut, sans risque de se tromper, dire qu’à défaut de donner des consignes à ses députés pour voter le report, le Président de la République n’a rien fait pour encourager le vote de cette loi. Dans ces conditions, il faut démontrer l’utilité de l’OPM et savoir clairement et publiquement le sentiment de Boni Yayi aujourd’hui sur la question.
C’est ce qui a certainement sous-tendu la tenue de cette grande cérémonie officielle de remise du premier rapport de l’OPM depuis deux ans. Ce lobbying de masse, après l’échec de celui politique, a marché puisque Boni Yayi a déclaré publiquement qu’il a encore besoin des compétences et des expériences du professeur Albert Tévoédjrè à la tête de l’OPM. Mais le président de l’OPM est assez rusé pour savoir qu’en politique il y a un grand fossé entre ce qui est dit en public et ce qui se passe dans les coulisses. De toutes les façons, compte tenu du droit positif béninois et de la configuration politique de notre pays en ce moment, Boni Yayi n’a aucun pouvoir, ni constitutionnel ni politique, pour donner à l’OPM une quelconque légalité. En tant que « renard », Tévoédjrè doit reprendre le plaidoyer auprès des différents partis politiques représentés au parlement et rechercher au sein de la FCBE les raisons de l’hostilité des députés de son propre camp. En attendant que l’OPM existe légalement, Albert Tévoédjrè doit démissionner et remettre les clés. Il y a va de son honneur et du respect des textes républicains.
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