JANVIER YAHOUÉDÉOU: Je serai un opposant venimeux contre Boni Yayi...
ISSA SALIFOU ET JANVIER YAHOUÉDÉOU SE LANCENT UN DÉFI SUR LA GESTION DES FONDS DES VÉHICULES D’OCCASION
Janvier Yahouédéou désavoue le Dr Boni Yayi sur la réalisation de la Lépi avant les présidentielles de 2011
23 février 2009
par Angelo DOSSOUMOU
Les honorables Issa Salifou et Janvier Yahouédéou ont marqué le 6ème conseil national de l’Undp à Bohicon. Invités à faire leur déclaration de soutien au parti de Jean Claude Codjia, les deux députés ont mis à profit la tribune à eux offerte pour une fois encore revenir sur quelques cruciaux dossiers de l’actualité nationale. Et, le dossier qui a le plus retenu l’attention des participants est celui relatif à la gestion des véhicules d’occasion. Sur ce sujet, c’est l’honorable Salifou qui s’est retrouvé en position d’attaque avec à la clé, des déballages et explications, le tout dans le langage simple et un ton sincère de l’un des tout premiers gestionnaires de parcs de véhicules d’occasion. La réplique ne s’est pas fait attendre. Janvier Yahouédéou, député Fcbe et ancien coordonnateur de cette alliance se refuse à croire les allégations de son collègue. Il soutient qu’au cas où cela s’avérait, il n’hésiterait pas à combattre le régime Boni Yayi. Langage d’un fin politicien ou celui de sincérité à l’instar de son prédécesseur ? Difficile de savoir.
Mais sur la question de la réalisation de la Lépi avant 2011, l’honorable Yahouédéou s’est carrément opposé à la vision du chef de l’Etat. Pour lui, les bases pour réaliser une Lépi consensuelle sont biaisées. Mieux, il s’est demandé de quoi ceux qui ont été élus sans la Lépi ont-ils peur aujourd’hui. Il n’en fallait pas plus pour que les observateurs les plus avertis voient en cette prise de position un terrible désaveu au chef de l’Etat.
« Si les gens estiment que nous on a volé en notre temps, Dieu a alors béni ce vol »
« M. le président d’honneur, M. le président, c’est un plaisir pour moi de prendre la parole devant le 6ème conseil national de l’Undp (...) Je parle en tant que député à l’Assemblée nationale. Vous n’êtes pas sans savoir que les deux députés de l’Undp sont membres du G13. Le combat que nous avons mené jusqu’ici, à mon humble avis, est salutaire. Je vais vous dire que nous allons continuer le combat jusqu’à ce qu’on puisse libérer le peuple béninois. Parce que aujourd’hui, le constat est clair. Au G13, nous avons l’avantage d’avoir des intellectuels et des hommes d’affaires. Je parlerai donc en qualité de député et homme d’affaires. Quand je vois ce qui se passe, j’ai vraiment honte. J’ai honte dans la mesure où ceux qui sont en place aujourd’hui ignorent que nous sommes aussi passés par là. On était proche du pouvoir défunt et on a vu comment il a travaillé. Quand on prend la gestion de l’ancien régime et la gestion de l’actuel régime, la différence dans la corruption, le vol est immense. Contrairement à ce que les gens disent par rapport à nous qui étions proches du pouvoir défunt au sujet du pillage de l’économie nationale, je crois qu’on était dans les normes. On a certes bénéficié du système dans de bonnes conditions. Au moins en notre temps, il y avait des documents. Si les autorités se trompent et vous donnent des autorisations pour que vous exerciez et que vous gagnez beaucoup, je crois que vous n’avez pas volé. Mais aujourd’hui, ce qui se passe, à mon avis, c’est du vol. Car, il n’y a pas de base, de documents. Je me rappelle que nous, on a fait l’escorte des véhicules d’occasion et je sais combien on gagnait. Quand aujourd’hui, on regarde la différence, entre ce qui se passait hier et ce qui se passe aujourd’hui est énorme. Je vous donne quelques exemples. Nous, les gestionnaires, on était à 30 000 Fcfa. Dans ces 30 000 F, une partie allait à la gendarmerie, à la police et à la douane. Mais, c’était réglementaire avec des documents. Sans oublier les chauffeurs et les convoyeurs qui prenaient également leur part. Nous, les gestionnaires, on prenait notre part. Aujourd’hui, en réalité, voilà ce qui se passe. Au temps du Général Mathieu Kérékou, c’est 30 000 F pour les gestionnaires. Aujourd’hui, on parle de 100 000 Fcfa et quelque. Je m’en vais vous expliquer comment ils ont procédé et comment le montant est gonflé. Il avait sous l’ancien régime ce qu’on appelle acompte forfaitaire, c’était 50 000 F. Mais ces 50 000 F sont perçus directement par le trésor public et les gestionnaires ne prenaient que 30 000 F pour l’escorte. Aujourd’hui, ils ont ramené les 50 000 F dans l’escorte douanière plus les 30 000 F que les gestionnaires prenaient et d’autres taxes qu’ils ont créées, c’est ça qui s’élève à 100 et quelque mille. Donc, quand on voit le chiffre, il est gonflé mais on ne dit pas qu’au temps du Général Mathieu Kérékou, 50 000 F allaient au trésor public. Il faut que les gens comprennent et fassent la différence. Maintenant, quand on ne budgétise pas les fonds et qu’il n’y a pas de contrôle, comment pouvons-nous savoir le montant exact qui est encaissé ? Il faudrait que les Béninois comprennent ce qui se passe.
L’autre chose. Dites-moi M. le président, vous avez été président de ce pays, est-ce qu’en votre temps, un chef de l’Etat peut avoir un coffre-fort à la maison, au bureau et même dans la voiture ? Sinon, dites-moi M. le président, combien gagne un chef de l’Etat au Bénin et comment ne pas pouvoir justifier ce qu’on dépense. Si moi aujourd’hui, on me traite de pilleur de l’économie, j’ai au moins des documents pour prouver l’origine de mes fonds. Je veux comprendre, si aujourd’hui, le président Emile Derlin Zinsou sort 100 milliards, on va lui poser la question de savoir qu’est-ce qu’il a fait pour gagner 100 milliards. Car, de tout le temps, il a travaillé et même quand il a été président de la République, il ne peut pas avoir travaillé pour 100 milliards. Ce n’est pas possible. Un salaire, 30 ans de service, même celui qui n’est pas allé à l’école peut quand même faire un petit calcul pour savoir combien ça fait. Alors franchement, aujourd’hui, ce qui se passe dans le pays, il faudrait qu’on se dise la vérité. Si les gens estiment que nous, on a volé en notre temps, Dieu a alors béni ce vol. Imaginez un instant qu’on n’existe pas et que le G13 n’existe pas. Qu’allait devenir le pays ? Depuis que le G13 a quitté la mouvance (je parle sous le contrôle de l’honorable Yahouédéou), est-ce que le pouvoir en place a pu reconstituer cette majorité ? Imaginez un instant qu’on ne les ait pas aidés à un moment à avoir la majorité. Qu’est-ce qu’ils allaient devenir ? Donc le G13 est béni et nous qui soutenons le G13, nous sommes bénis et si les gens pensent qu’on a volé, je ne leur opposerai plus un refus mais je leur dirai que Dieu a béni notre vol. Entre autres, c’est grâce à nous qu’on a une télévision qui arrive à dénoncer un certain nombre de choses. Je vous demande de prier afin que Dieu continue de bénir ce qu’on a volé et qu’il nous aide à comprendre les dépenses qu’ils font et d’où proviennent les fonds. Si on sait d’où proviennent les fonds, on pourra faire le débat. Ce qui me surprend, c’est quand ils nous critiquent et qu’au même moment, ils font des dépenses et on ne sait pas d’où proviennent les fonds. Je vous assure aujourd’hui qu’à l’Assemblée nationale, quand il y a un vote, tout ce qu’ils sortent en terme de millions et de milliards pour distribuer aux gens, c’est énorme...Un jour, le président Zinsou a demandé à parler à nous du G13, parce que le chef de l’Etat lui a demandé de nous parler. Quand il a fini,
Je lui est en retour demandé, lui qui a été président et qui a des références s’il est aujourd’hui fier de son pays. Je lui ai dit tout ça pour qu’il comprenne exactement le sens de notre combat. Quand j’ai parlé au président, il n’a plus continué. Sinon, il était dans la logique que le G13 revoie sa position pour qu’on essaie de l’aider parce que le président le lui a demandé.
Reckya a triché
Ce qui se passe aujourd’hui, c’est la honte. Le Bénin regorge de beaucoup de cadres. Pourquoi les gens cherchent à tricher. Moi, je peux dire que je n’ai aucun diplôme. Mais je suis quand même allé à l’école. Mais d’autres n’ont pas de diplôme mais pourquoi, ils veulent tricher. Reckya Madougou qui a sorti sa saloperie de livre sur Kérékou était mon employée. Elle dit dans son livre qu’elle a fait le 3ème cycle. Quand on a fait le 3ème cycle, on dit l’école où on a été, on donne les références, on a des promotionnaires et ça permet de comprendre. Quand on est docteur, il faut donner des références pour que les gens sachent (Honorable Yahouédéou vous êtes Dr, vous pouvez quand même dire dans quelle école vous avez été). Bref, pour conclure, il ne faut pas accepter que les gens continuent de nous mentir. Il faut que vous ayez le courage de dire la vérité. Ce qui se passe aujourd’hui, c’est grave pour le Bénin. Ce n’est pas bon. Il y a beaucoup de références au Bénin, on n’a donc pas besoin de mentir. Aujourd’hui, quand on parle de cadres, est-ce que vous êtes fiers de ceux qui sont alignés dans le gouvernement comme cadres ? Est-ce qu’il y a la sincérité, est-ce qu’il y a la vérité ? Voilà chers mesdames et messieurs les points sur lesquels j’aimerais que vous axiez vos débats et qu’à la sortie de ce conseil national, vous puissiez nous dire concrètement comment allons nous procéder pour que le Bénin retrouve sa place de grand pays de démocratie, de référence et pour que les mânes de nos ancêtres, les Béhanzin, Kaba reposent en paix ».
« Je serai un opposant venimeux contre Boni Yayi... »
« A écouter l’honorable Issa Salifou, pour quelqu’un comme moi qui ai combattu pendant dix ans le régime Kérékou, ma conscience ne peut être qu’interpellée. Aujourd’hui membre de Fcbe, proche du chef de l’Etat, je me sens choqué par tout ce que j’entends depuis un certain temps et en particulier ce que j’entends sur la filière des véhicules d’occasion. Je vous promets, surtout en présence de l’un de mes idoles politiques, le président Zinsou que je vais faire mes propres investigations. Et s’il s’avérait qu’un seul mot de l’honorable Saley soit vrai, je promets au peuple béninois de combattre le régime de Boni Yayi jusqu’à son dernier retranchement. J’ai passé dix ans de ma vie à combattre Mathieu Kérékou. J’ai perdu une partie de ma fortune, j’ai risqué ma vie, j’ai risqué la prison. Le changement auquel j’aspirais, ce n’est pas un changement de pillage de l’économie nationale. Si un seul mot s’avère vrai, l’opposition aura donc en son sein un des membres plus venimeux.
Je voudais prier le président d’honneur et tous les membres de l’Undp de bien vouloir inscrire la Lépi à l’ordre du jour du présent congrès. Depuis un certain temps, on est en train d’agiter la faisabilité de la Lépi pour 2011. Quel citoyen sérieux peut ne pas vouloir de la Lépi ? Nous voulons tous de la Lépi. Mais nous ne voulons pas d’une Lépi qui va nous amener à la guerre. Nous devons réfléchir par deux fois. Nous pouvons engager la procédure de mise en place de la Lépi. Mais il n’est pas question de dire, sans la Lépi on ne va pas aux élections même si ce n’est pas totalement transparent, même s’il y a des cas de vol. Pourquoi cette agitation, cette précipitation et cette campagne médiatique qui se mène pour dire la Lépi ou rien du tout. Le chef de l’Etat qui est là, qu’est ce qu’il craint ? Il est venu au pouvoir dans la transparence. Pourquoi est ce qu’il craint qu’en 2011, il y aura problème s’il n’y a pas Lépi. J’ai deux préoccupations à apporter pour susciter la réflexion. D’abord les considérations politiques.
Lorsqu’on faisait le Ravec à l’arrivée de Boni Yayi, est ce qu’il nous a été dit que ceux qui n’auront pas d’acte de naissance en 2011 ne pourront pas voter ? Cela n’a pas été dit. Donc, ceux qui savaient qu’il y aurait Lépi en 2011 ont dû sensibiliser leurs populations qui n’avaient pas d’acte de naissance pour que les gens prennent leur acte de naissance. Mais ceux qui ne savaient pas n’ont pas fait cette sensibilisation et du coup on va se retrouver en 2011 avec des Béninois qui ont toujours voté depuis 1960 mais qui ne pourront pas voter, parce qu’ils n’ont pas d’acte de naissance. Un vieux qui a entassé les cartes d’électeurs depuis Ahomadégbé, Zinsou, Soglo parce qu’il n a pas d’acte de naissance, il va réagir comment. Et figurez-vous le nombre de Béninois qui, malgré le Ravec n’ont pas toujours d’acte de naissance. Cela signifie qu’il y a des éléments qui manquent dans le rapport des experts. On doit reprendre le Ravec une 2ème fois pour que ceux qui n’ont pas d’acte de naissance puissent avoir d’acte de naissance. Parce que si on insiste à faire le Ravec, dans ces conditions, je demande qu’on nous fasse sortir le bilan du Ravec. Vous allez constater qu’il y a des zones où les gens sont sortis massivement pour aller chercher leur acte de naissance lors des audiences foraines, c’est des zones où des gens ont fait forte mobilisation. Les autres politiciens qui n’avaient pas l’information n’ont rien fait.
2ème élément, c’est sur le plan technique et là, c’est l’informaticien qui vous parle. La Lépi s’arrête à l’informatisation de la liste électorale. Chaque Béninois va poser son empreinte digitale dans l’ordinateur et ces ordinateurs qu’on appelle des kits d’enregistrement sont composés d’une caméra pour prendre les photos et d’un scanner pour les empreintes digitales. Cette procédure est prévue pour durer 15 jours. Autrement dit, enregistrer 5 millions de Béninois en 15 jours. Ce n’est pas les enregistrer manuellement. Il s’agit d’envoyer des informaticiens dans les 554 arrondissements du Bénin. Il faut déployer environ 10 mille personnes et tous ceux là doivent être des informaticiens. Est-ce que nous avons fait un état des lieux pour savoir le nombre d’informaticiens qu’il y a au Bénin. Et dans chaque arrondissement, il y a ce qu’ils ont appelé le Cta qui est un centre technique d’arrondissement qui va recenser et faire le point au niveau de chaque arrondissement et pour gérer ça, il faut un informaticien d’un certain niveau. Est ce que notre Bénin compte autant d’informaticiens de ce niveau-là. Ensuite, il se pose un autre problème. Lorsqu’on faisait les recensements manuellement et qu’on va à Toucountouna, on prend ceux qui ont le brevet pour faire le travail. Maintenant qu’il s’agit d’opérations très techniques, est ce que les informaticiens qui sont presque tous logés à Cotonou accepteront d’aller se loger trois semaines à Toucountouna, dans des zones qu’ils ne connaissent pas du tout.
Quant à l’enregistrement même, les personnes qui ont déjà fait le passe port depuis moins de deux ans, qui ont cherché des visas pour aller en Europe. On prend vos empreintes digitales et il faut le faire des fois, deux ou trois fois pour reconnaître que c’est la même personne. Lorsque votre doigt est sale, la machine ne prend pas. Et on nous dit qu’en 15 jours, on peut faire tout cela. On est à l’ère de l’informatisation et on envoie les choses sur satellite. Le système tel qu’il est prévu, c’est que chaque soir, on va copier sur des cd les empreintes enregistrées et les envoyer sur Cotonou. Avec les risques de perte de cd et autres, vous pouvez rester avec chez vous pour communiquer avec votre ordinateur. Bref, ça mérite toute une confiance. Au-delà de ça, il y a le problème des données. On parle d’ordinateur, mais on oublie que c’est des hommes qui sont derrière l’ordinateur. Au lieu que ce soit plusieurs hommes qui contrôlent, c’est deux ou trois personnes qui restent dans les quatre murs pour faire des compromis. Ces deux, qui seront-ils ? On peut les acheter. Cela veut dire qu’il y a un véritable problème de contrôle. Bref, je vous prie de réfléchir sur le dossier Lépi. Ceux qui sont payés pour s’agiter, pour dire qu’il faut forcément faire Lépi pour 2011, je crois que ça mérite un débat télévisé pour dire pourquoi c’est possible pour 2011 et si c’était le cas, les précautions que nous devons prendre pour que le vote soit transparent. »
/image%2F1217104%2F20191118%2Fob_f52d34_benoit-illassa-et-patrice-talon.jpg)