Par Arimi CHOUBADE
lundi 23 février 2009
Prodigieuse mutation que la vision du Changement ; de l’émergence à la réélection à tout prix. Les experts réputés pour être des as du développement se transforment en quémandeur de soutien au docteur-président abandonnant dossiers et collaborateurs. Les cahiers de charges ont finalement été amputés du dessein initial, celui de servir la République du Bénin. Désormais, ministres, députés, membres d’institutions, élus municipaux, directeurs généraux de sociétés d’Etat et autres cadres de l’administration ne sont investis que d’une seule et unique mission à deux ans de la fin de mandat : consolider les fiefs en perdition avec une invasion spéciale et massive du département de la Donga. La République réduite à cela. L’Etat-Fcbe s’installe sur ses terres ; le prélude au Yayi-Land.
A entendre les historiettes débitées aux populations incrédules sur le supposé bilan du régime, on s’aperçoit très vite qu’en dehors du décalage entre les différents protagonistes de la marche forcée du prince vers son maintien au pouvoir. Les émissaires de la bonne parole, bardés de gardes du corps, de chauffeurs et d’autres obligés n’ont pas trop de souci à se faire avec les frais de mission, les bons d’essence et la promotion assurée du fait de ce dévouement inconditionnel pour la cause du prince. Les autres en face, décharnus, alignés au soleil comme des bêtes de sommes, sans frais de mission, circulant sur des pistes défoncées, obligés de consommer un baratin dont-ils ignorent jusqu’à la motivation et l’utilité.
Autre décalage, le gel des projets d’aménagement de pistes rurales pendant que les émergents rêvent de se donner des ponts aériens futuristes entre Cotonou et Parakou grâce au projet de construction d’un aéroport à Tourou sur budget national. Un budget national que l’on dit incapable de supporter la subvention du pétrole lampant servant d’éclairage dans les campagnes les plus reculées. Ces mêmes campagnards privés de centre de santé, de puits d’eau, de tables et bancs pour écoliers regardent impassible la richesse commune distraite pour offrir un siège ultramoderne à l’Assemblée nationale ; des milliards engloutis dans une prétendue couverture audiovisuelle du territoire national pour des gens qui ne peuvent pas s’offrir des postes récepteurs ; d’autres milliards réservés à la réfection du Centre international des conférences d’où partent généralement les meetings en l’honneur de la réélection qui fait courir tous les émergents. Arrêtons les cyniques parallèles afin de ne paraître comme un empêcheur de jouir en rond. Ils ont gagné le pouvoir disent-ils et le temps est venu pour eux de s’empiffrer. Bon appétit, messieurs !
A la vérité, les « patriotes » émergents ne vivent pas sur la même planète que les autres habitants du Bénin. À l’image de ses ministres qui débarquent sur le terrain sans rien voir. Au point où leur patron se trouve dans l’obligation lui-même de redescendre à son tour afin de faire les constats que ses ouailles pourtant grassement payés au frais de la princesse n’ont pu faire lors de bruyantes pérégrinations. Rien d’étonnant que l’Etat-Fcbe ou le Yayi-Land en construction fonctionne avec des recettes inconnues jusque là dans la République du Bénin. C’est un des maîtres penseurs de l’émergence, le député André Dassoundo qui nous donne l’explication en parlant de l’émotion faite mode de gouvernance.
Bizarre la trajectoire de ce régime qu’on peut résumer en une traite composée de deux phases. Une phase du voyageur infatigable multipliant les escapades infructueuses durant trois ans suivie d’une seconde phase consacrée à la pré campagne électorale partie pour deux ans. D’usines, d’autoroutes, de champs débordants de victuailles, d’écolage gratuit, on n’en voit pas du tout. La prémonition de l’auteur du « gouvernement ventilateur » suit sont cours.
La transe a bien fait de ne s’en prendre qu’à sa cible privilégiée, l’Etat-Fcbe, épargnant par ailleurs le pays réel, le Bénin.
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