| La rançon de la génération spontanée |
Il y a plus que de l’anecdote dans l’allégorie de l’auto-école politique. Encore plus pour ce malheureux Madagascar englué dans la dévolution successorale spectacle. Un pays happé par la spirale de l’anti-système, de l’autopromotion aventuriste et de l’alternance fantaisiste. Gérer un Etat y est devenu une affaire d’émotion, de fantasme et de passion. Une poignée d’écervelés faisant écran de corps à un gourou futé suffit pour s’offrir la magistrature suprême dans la grande île. Les rues d’Antanarivo sont devenues plus efficaces que les urnes et les isoloirs. Les chasseurs de scoop n’ont même pas attendu que le jeune poupin, ancien animateur de boîte de nuit propulsé à l’hôtel de ville de la capitale prenne ses quartiers au palais de la République avant de conjecturer sur son départ du pouvoir. Les scénaristes s’essayent déjà au prochain épisode de la tragédie démocratique à la malgache avant que l’ère Ravalomanana ne soit définitivement soldée.
La raillerie et le dénigrement ne sont certainement pas le meilleur accueil au discours sur la maturation de tous les aspirants à la magistrature suprême aussi bien à Madagascar, en Guinée, en Mauritanie ou au Bénin. Le phénomène des générations spontanées est un luxe dont la note est particulièrement salée pour les rares îlots de démocratie visibles sur le continent africain. Jamais les fondements du modèle béninois n’ont été autant ébranlés depuis qu’on a tourné le dos à la classe politique traditionnelle, une fois encore en 2006, en confiant les rennes du pays à un venu de nulle part. Le mandat en est réduit en un mauvais théâtre fait de caricature, de populisme, d’excitation, sans programme. A tel point que le docteur-président a choisi de fermer la boutique à deux ans du terme du mandat au profit d’une ballade foraine sur toute l’étendue du territoire national.
Je vois d’ici quelques amateurs de sensations fortes se faire des gorges chaudes d’une succession à Yayi Boni quasi identique à l’hérésie de 2006. Un banquier-sauveur-suprême, Abdoulaye Bio Tchané à la Marina. C’est peut-être une opportunité inespérée pour les anti-cauris irréductibles de s’offrir le scalp du règne de l’imposture. Mais au change le Bénin ne gagnerait pas grand-chose. D’autant plus que Bio Tchané n’est pas une solution à l’assassinat de la classe politique érigé en programme d’action du gouvernement. Les émergents ne se sont d’ailleurs pas privés de décréter la mise à mort de la vieille classe politique que l’on a en vain tenté de remplacer par l’adolescence politique.
Sur l’échiquier national, à l’ère du Changement, le président de la Banque ouest africaine n’a pris aucune part dans l’animation de la vie publique malgré les frasques à répétition du régime Yayi. Sa victoire éventuelle n’aurait donc été confrontée à aucun péril. Comment ne considérerait-il pas alors le pouvoir comme un instrument de jouissance et de bonification pour amis, corrélationnelles et autres bailleurs de fonds occultes. Un défi d’alternance au pouvoir est tout sauf un phénomène de mode et de divertissement. Ancien argentier national, ancien directeur général Afrique du Fonds monétaire international, puis président de la Boad ; un cv en béton qui malheureusement ne comporte aucune mention d’un militantisme avéré. Tout le sens du débat sur le passage obligé à une auto-école. cela pourrait inspirer au nouveau banquier-candidat de porter un parti politique sur les fonts baptismaux, de s’essayer à la défense d’idéaux, de confronter ses compétences avec celles d’autres camarades de parti à travers tractations, meetings, compromis et compromissions. Rien ne vaut l’apprentissage. Autrement qu’on le laisse poursuivre son tour des banques internationales. Peut-être sait-on jamais, dans une autre vie, pourquoi pas ?
Au point où nous en sommes, un nouvel aventurisme risque d’être fatal…
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