Marche contre la démission du député Sabi Tokou Dary: Preuve d’un régime intolérant et intimidant
mardi 7 avril 2009, par DP Le Grand Journal
La démission du député Sabi Tokou Dary du groupe parlementaire FCBE « démocratie Emergence » et les réactions qu’elle a provoquées de la part du gouvernement interpellent tous les défenseurs des valeurs qui fondent la démocratie. Il est impératif à tous prix, de bannir de notre société l’intolérance et l’intimidation. Cela appelle l’intervention efficace de la société civile pour mettre en garde contre toute sorte de dérive.
Romain L. KIKI
Quand un député quitte son parti ou son groupe parlementaire pour rejoindre les FCBE de Boni Yayi, les thuriféraires du régime jubilent. Mais quitter les chapelles FCBE pour la citadelle de ceux qui critiquent la mauvaise gouvernance du chef de l’Etat est une infamie sous le changement.
Depuis avril 2006, seul deux députés ont eu ce courage d’affronter jusqu’au bout la rage du régime. Il s’agit des honorables Wallis Zoumarou et de Sabi Tokou Dary. Eloi Aho a tenté de franchir le pas, mais il était revenu sur sa décision à la surprise de tous. Des députés comme Janvier Yahouédéhou, Benjamin Ahounou, Edgard Alia dont les noms sont souvent cités pour débarquer de la barque Yayi hésitent encore.
Qu’est ce qui retient toujours les nombreux députés frustrés dans les groupes parlementaires FCBE ? C’est la question que se posaient les observateurs de la vie politique de notre pays. Mais depuis le 02 avril 2009, date de démission du député Sabi Tokou Dary du groupe parlementaire « démocratie Emergence », tous les Béninois ont compris que c’est l’intolérance, l’intimidation qui sont utilisées pour retenir les honorables ne partageant plus la vision de Boni Yayi.
En effet depuis octobre 2008 que Alassane Séïdou est appelé à servir au gouvernement, son suppléant Sabi Tokou Dary conformément à la Constitution béninoise l’a remplacé à l’Assemblée nationale. Ce dernier ne se trouvant plus en phase avec la gestion qui se fait du Bénin a pris l’audacieuse décision de rejoindre le groupe parlementaire G13, critique vis-à-vis de Boni Yayi. En prenant cette décision, Sabi Tokou Dary a oublié que sous le régime du changement, il est difficile de sauter du navire « cauris ».
Ainsi, dès la remise de sa lettre de démission au président de l’Assemblée nationale, le député démissionnaire est devenu un « Wanted ». Les services compétents de notre pays ont été déployés pour le rechercher et le ramener à la présidence. Comme s’il avait senti ce vent venir, Sabi Tokou Dary a quitté le territoire national. Son épouse a été transportée au Palais de la République. Que s’est-il passé au Palais de la Marina avec la femme du député ? Personne ne le sait jusqu’à présent.
Dans le même temps, M. Alassane Séïdou, ministre de la Décentralisation et M. Bio Gounou Idrissou, ancien ministre de la Réforme administrative et directeur de la Sonapra soulèvent les populations de Kandi, circonscription électorale du député, pour marcher et faire des déclarations hostiles à ce dernier.
Par cette action, ces responsables politiques de notre pays membres du gouvernement et proches collaborateurs du chef de l’Etat ont laissé tomber le masque qui les présentait comme des démocrates. Aujourd’hui, tout le monde entier sait que c’est des intolérants. Sinon, comment Alassane Séïdou, peut-il oser exiger d’un député de revenir « Immédiatement et sans conditions » sur sa décision ? Comment Alassane Séïdou et sa troupe peuvent-ils oser traiter la démission d’un député de son groupe parlementaire « d’indigne et irresponsable » ? Pourquoi le régime a-t-il jugé normal de permettre cette manifestation si ce n’est pas pour intimider le député démissionnaire, sa famille et donner un signal aux autres députés qui s’apprêtent à quitter le navire ?
Cette situation interpelle tous les défenseurs des libertés individuelles, de la Constitution et de la démocratie, car dans notre pays, le droit positif n’interdit pas à un député de quitter son groupe parlementaire. Et même si la transhumance est à décourager, il faut légiférer sur la question que d’emprunter des méthodes médiévales. En tout cas, tout le peuple sait que des députés PRD, PSD… ont démissionné de leur groupe pour aller rejoindre ou créer des groupes soutenant directement l’action de Boni Yayi. C’était en décembre 2006. Ces partis qui cultivent tous les jours la démocratie n’ont pas manifesté ou intimider les démissionnaires. Plus récemment, en octobre 2008, le député Orou Sé Guéné a démissionné du G13 pour la FCBE. Mais personne ne l’a intimidé.
Le comportement de ces deux ministres vient renforcer l’image d’un régime intolérant, intimidant et aux méthodes brutales. Et c’est dommage que notre pays continue de présenter ces scènes d’une autre époque.
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