| | Quatre coups d’Etat en huit mois (d’août 2008 à mars 2009) ! L’Afrique ne semble pas encore en zones sereines (politiquement) où les dirigeants peuvent gouverner sans appréhension d’être interceptés dans leur élan ou perturbés par des soldats qui pourtant, à la fin des années 1990, avaient, dans la plupart des pays du continent, compris que les balles avaient cédé la place aux urnes sur les voies d’accès à la fonction présidentielle. « Ballots, not bullets », diraient les anglo-saxons. Statistiquement, un coup d’Etat par bimestre. La fréquence est effrayante. Ce qui apporterait sans doute de l’eau au moulin de ceux qui ont la conviction que l’Afrique n’est pas prête pour la démocratie. Pourtant, de temps en temps (et ce ne sont pas des exceptions qui confirmeraient une règle), des pays africains brillent par les manières dont les élections sont conduites à bonne date, leur qualité, le respect de la limitation de mandat présidentiel, l’assurance de l’alternance, etc. Entre les événements de la Mauritanie et ceux de Madagascar, les Ghanéens ont élu John Atta Mills, comme successeur de John Kufuor, inéligible pour avoir épuisé ses deux mandats à la tête de l’Etat. Et même dans les pays où les gouvernants ont été éjectés par la force, au fond, les mentalités ont évolué et tout le monde, à commencer par les « hommes forts », savent que les temps sont révolus où l’armée pouvait arracher le pouvoir, le conserver et l’exercer, comme dans les années 1960, 1970 et 1980. Aujourd’hui, c’est comme si le pouvoir brûle et qu’il faut s’en débarrasser au plus tôt ou tout au moins rassurer qu’on ne le confisquerait pas pour longtemps et que l’ordre constitutionnel serait rétabli. L’armée malgache, qui a une expérience du pouvoir d’Etat pour l’avoir géré plusieurs années, a vite fait de s’en débarrasser au profit de l’opposant Andry Rajoelina, préférant tirer les ficelles dans l’ombre, et laisser en « apparence » le jeu politique entre les mains des seuls acteurs attitrés. Ravalomanana tenait sa légitimité du même peuple et il fallait attendre la fin de son mandat en 2012 pour sanctionner ses actions ou exactions par les urnes. Rajoelina se défend d’avoir fait un coup d’Etat, dissimulant l’évidence qu’aucune disposition constitutionnelle ne lui permet de se hisser à un poste réservé, en cas de démission du titulaire, au président du Sénat ou au gouvernement collégialement. Pendant combien de temps l’ancien « DJ » pourra-t-il résister aux pressions de la communauté internationale (UE, UA, SADC, Etats-Unis d’Amérique) à la tête d’un pays dépendant à 70% de l’aide internationale et des investissements étrangers ? Sans compter que l’euphorie ambiante ne réussira pas pendant longtemps encore à éclipser la réalité quotidienne des quelque 10.000 personnes qui ont perdu leur emploi et qu’il va falloir agir pour consoler et conforter. Si les fruits tardent à porter les promesses des fleurs, peut-être les laudateurs n’hésiteraient pas à se mettre dans la peau de détracteurs. Ce sera du déjà vu sur la Grande Ile de l’Océan indien. En Mauritanie, un autre pays où les militaires sont coutumiers du pouvoir, l’armée en même temps qu’elle assumait son putsch d’août 2008, a donné des gages de retour à l’ordre constitutionnel. Levée de boucliers de la communauté internationale (UA, UE, ONU). Les élections sont projetées pour juin prochain. Peut-être le général Ould Abdel Aziz sera-t-il candidat ? Mais pas avant d’avoir troqué le treillis contre le boubou brodé mauritanien. Autre pays, autre scénario, en Guinée Conakry, alors que le peuple réclamait « un soldat de la démocratie » contre Lansana Conté, l’armée a attendu la mort du président le 22 décembre 2008, après 24 ans de pouvoir, pour montrer les muscles, évinçant de facto le président de l’Assemblée nationale, lui-même dans l’illégalité, son mandat ayant expiré depuis juin 2006. Le capitaine Moussa Dadis Camara et les siens promettent les élections pour 2010. En Guinée Bissau, un autre cas de figure, le président Joao Bernardo Vieira est tué, mais la constitution est respectée. Quant aux présidents déchus, s’il est possible d’obtenir par d’intenses pressions et à force de pourparlers leur réintégration dans un certain délai, les chances s’étiolent au fil du temps. « Il doit accepter les faits (...) Ce n’est pas le premier chef d’Etat à être renversé», disait récemment le Guide libyen Mouammar Kadhafi , parlant de l’ex- président mauritanien Sidi Ould Cheikh Abdallahi, provoquant un dépit dans une frange de la classe politique du pays. Mais ces propos manquent-ils de réalisme ? Pourtant en d’autre temps, certains présidents ont été réinstallés après avoir été déposés. Le président Fradique de Menezes de Sao Tomé et Principe avait retrouvé le 23 juillet 2003, son poste qu’il avait abandonné sous la contrainte des armes une semaine plus tôt (le 16 juillet 2003). Les militaires ont plié à la suite d’intenses activités diplomatiques, de condamnations tous azimuts (du Portugal, l’ancienne puissance coloniale, du président mozambicain, Joaquim Chissano, président en exercice de l’Union africaine, du Nigeria alors dirigé par Olusegun Obasanjo, de la France, etc.). De la même manière, Ahmed Tajan Kabbah de la Sierra Leone, élu le 15 mars 1995, contraint à l’exil en Guinée suite au coup d’État de Johnny Paul Koroma le 25 mai 1997, a été rétabli au pouvoir le 10 mars 1998, grâce à l’intervention des troupes de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Ecomog-Cedeao). De telles actions, si elles s’étaient multipliées, auraient eu un plus grand effet dissuasif. Mais pourquoi ce qui a été possible en 1998 en Sierra Leone et en 2003 à Sao Tome et Principe ne l’est-il plus ? Est-ce à dire que les ardeurs se sont émoussées ou que les dirigeants africains d’aujourd’hui manquent d’engagement, de leadership vis-à-vis des questions démocratiques ? Une chose paraît toutefois évidente, les putschistes n’ont plus la tranquillité d’il y a quelques décennies. Alors, qui dit que les urnes ne prennent pas le dessus ?. | |