15-04-2009 - FRATERNITE
La première session ordinaire de l’Assemblée nationale a commencé par un report. Mathurin Nago a eu l’honneur de remplir la formalité après le boycott classique des G et F. Apparemment, l’exercice de report convient le mieux à un président d’un parlement abonné à la guéguerre permanente. La cinquième législature cisaille sans retenue les câbles de la morale politique pour s’enchaîner grossièrement dans les pratiques aventureuses. Le mal prend une proportion alarmante avec le solde des inconséquences qui enterre l’espoir du retour à la paix à l’hémicycle.
Cette législature tue l’institution parlementaire. Elle assume son mauvais caractère et refuse de se bonifier. Devant la responsabilité consumée, les députés utilisent les cendres de l’éthique et plongent dans le déshonneur. La deuxième session extraordinaire de l’année s’est achevée dans l’embrouillamini, sans les deux secrétaires parlementaires. L’un étant malade et l’autre visiblement esquintée par l’excès de danse à l’occasion de l’anniversaire du changement. Cette session extraordinaire placée sous le signe du chaos a capitalisé le néant avec un boycott, un refus d’ouverture de plénière et une absence de secrétaires parlementaires entraînant le report. La législature de Nago se désaltère à l’eau souillée des torrents politiques. La crise se consolide sur la passion pour le blocage et la législature est devenue une décharge d’intentions de vote avortées, un marécage de blocage.
Cet énième boycott enregistré au Palais des gouverneurs est un mauvais présage pour le destin de la première session ordinaire de l’année. On ne devrait rien attendre d’une législature chicaneuse et hargneuse qui, en deux ans, s’est habituée à produire du vent et à vendre la tension dans la propension au mensonge. Dans la foulée, le bruit des tambours et les volées de poings rappellent le défoulement dans la pétaudière. L’insolite a simplement acidifié les humeurs. Les excréments de singe retrouvés sur le siège de Débourou n’ont pas maculé son boubou pour démentir la malédiction ambiante.
Cette législature compte sans répit ses inconvenances et sape le moral de la nation. Mathurin Nago est-il fier d’être le président d’une telle Assemblée nationale ? Les députés sont-ils satisfaits de leur rendement ? Boni Yayi peut-il célébrer sa fierté face à cette image projetée par le parlement ? L’Exécutif est-il dans la posture du spectateur joyeux ? Les intrigues politiques dévastatrices à l’hémicycle ne sont pas toujours étrangères aux mains habiles du pouvoir mais le spectacle de déchirement induit de la surchauffe, affaiblit dangereusement le parlement.
Même dans l’impasse, la législature de Nago aligne ses mauvaises cartes. Le gâchis bénéficie de la complicité des camps antagonistes. La logique de report et de boycott est une menace au développement du pays et amplifie la crainte d’une paralysie historique. La dégradation de la situation exige de la communauté internationale qu’elle brise son indifférence. Notre démocratie secouée par les tumultes à l’Assemblée nationale a besoin d’une perfusion intelligente, une intervention mesurée d’ambassadeurs accrédités au Bénin, non pour une immixtion opportuniste dans les affaires intérieures d’un pays, mais pour réellement aider à l’apaisement. L’impact de ce genre de réaction avait été déjà positivement ressenti dans la bataille contre la révision de la constitution.
En optant pour l’impasse, la cinquième législature achève de noyer sa propre crédibilité. Elle abdique dans sa mission et se sclérose dans ses habitudes inspirées de la crise politique. A deux ans de la prochaine présidentielle, le blocage politique a encore de beaux jours à l’Assemblée nationale.
Sulpice O. Gbaguidi
/image%2F1217104%2F20191118%2Fob_f52d34_benoit-illassa-et-patrice-talon.jpg)