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Ne bouchez pas les oreilles…
 
jeudi, 16 avril 2009 / Par Arimi CHOUBADE

 

Avis à tous ceux qui tremblent pour la maison Bénin. Il est vraiment éprouvé, le modèle. Il faut vraiment choisir de ne rien voir, de ne rien entendre et de ne rien sentir pour ne pas s’apercevoir des coups de boutoir sur le processus depuis que le détonnant conglomérat d’adolescents politiques, de bondieuseurs exaltés et de profiteurs de tout acabit a pris possession du palais de la Marina. La réalité du pouvoir sous Yayi, c’est l’élection du bureau du parlement notamment son président Mathurin Nago par procurations, les ordonnances présidentielles, les blocages institutionnels, les crises dans l’administration publique, la non installation de certains conseils municipaux plus d’un an après les élections municipales, les débauchages de députés…

 

Dans une de ses premières confidences à un cercle restreint de journalistes, l’ambassadeur de France au Bénin, Hervé Besancenot rappelait l’une des consignes de son gouvernement : « Soyez présents sans être pressants ». Deux ans après son arrivée à Cotonou, on pourrait lui demander s’il faut se contenter d’être présent. A la suite de mon confrère Sulpice Oscar Gbaguidi de Fraternité, je fais constater que l’impasse du dialogue politique constitue un cas d’école pour toutes les représentations diplomatiques accréditées au Bénin. Personne ne les comprendrait quand on les verrait se bousculer dans les chancelleries à la recherche de vivres et de couvertures à d’éventuelles victimes de violence politique sur le sol béninois. C’est pendant qu’on ne dénombre encore aucun cas de dérapage de grande envergure que le devoir d’assistance et de secours d’un processus en mal de fondements a tout son sens. D’autant plus que les nouvelles ne sont pas bonnes du tout. On prête aux « patriotes » et autres courtisans conditionnés de rêver de passer de la provocation à l’attaque ; il ne manquerait que du sang pour parvenir à mater cette opposition qui bien que non déclarée tient le haut du pavé.

Besancenot, encore lui, aura toutes les peines à se dérober en cas de clash. Un illustre persécuté de l’ivoirité et des « patriotes » d’Abidjan, Tiken Jah Fakoly ne disait-il pas, à juste titre : « Ils ont partagé le monde » ? Le Bénin fait partie de la part du monde qui revient à la France. Pas d’initiative diplomatique sans Hervé Besancenot. On se souvient des esbroufes de son ancien collègue allemand au sujet de la paralysie de l’Assemblée nationale. Des remarques qui ne seraient pas restées à l’étape de faits divers si cela avait été fait par le représentant de la puissance colonisatrice. A moins que l’équipe de Besancenot ne soit à l’image du singe travailleur dont la sueur est vite aspirée par les poils, ce qui empêche de mieux apprécier les efforts fournis. Dans ce cas, la formule adéquate tarde à être trouvée.

 

La colère noire de nombreux Béninois à l’encontre des institutions de régulation de la vie publique comme la Cour constitutionnelle se justifie amplement. Maître Robert Dossou et ses collègues ont raté l’opportunité de rendre service à leur pays. Leur posture de juges récusés par la grande majorité des acteurs de cette vie publique sert la cause de la tragédie que tout le monde prédit et redoute. Le Bénin n’aurait jamais connu ces tumultes si les sages présumés ne s’identifiaient pas de temps en temps à celui à qui ils doivent tous leur nomination. La conséquence est que le jeu se déroule sans un arbitre capable d’empêcher un camp de mépriser impunément toutes les règles préétablies. Autre conséquence directe, ce sont les appels d’air de chroniqueurs de médias en direction des diplomates en poste sur place à Cotonou.

Avant qu’il ne soit trop tard…



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Tag(s) : #EDITORIAL
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