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Collectif des partis politiques

de l’Union fait la Nation (UN)

A

Madame le Représentant Résident du PNUD-BENIN

(Attention Organisateurs de la Journée Internationale de la Paix)

COTONOU

 

COTONOU

Cotonou, le 18 Septembre 2009

 

Objet : Célébration au Bénin de la Journée Internationale de la Paix

 

Madame le Représentant Résident,

 

Nous avons été informés depuis quelques jours des préparatifs de la célébration de la Journée Internationale de la Paix. Ce faisant, le Bénin sacrifie à une tradition internationale et donne par ces festivités la preuve de son attachement à la paix que les Béninoises et les Béninois ont plutôt promu, cultivé et sauvegardé depuis les assises de l’historique Conférence des Forces Vives de la Nation de Février 1990. Nous adhérons, par conséquent, à toutes initiatives visant à préserver à tout prix la paix et à prévenir les troubles sociaux et les conflits.

 

Les manifestations de cette année, auront, semble-t-il, un cachet spécial, avec des activités chargées de symboles forts qui tranchent avec la réalité du vécu quotidien de nos institutions et de nos populations.

 

En effet, si les manifestations sont organisées telles qu’elles sont annoncées, la célébration de cette fête à laquelle vous êtes invitée par le gouvernement à donner votre caution, donnerait l’impression que le Bénin vit dans un climat apaisé. La célébration que le gouvernement fait couvrir par l’aura et la crédibilité de votre institution, servira sans aucun doute à faire une campagne promotionnelle des intentions pacifiques qu’il n’a pas, enverrait dans l’opinion nationale et internationale l’image que le Bénin est dirigé par des personnalités pacifistes, ayant le sens du fair play, du consensus, recherchant la paix et travaillant pour la concorde nationale.

 

Or, comme vous le savez vous-même, la première source des situations de tension et de trouble restent le Président de la République et son gouvernement. C’est le Président YAYI qui, par sa conception particulière du pouvoir, sa préférence pour les passages en force plutôt que le dialogue et la négociation, a porté ces dernières années, de rudes coups aux libertés publiques, à la bonne gouvernance, à l’esprit de paix et à la démocratie. C’est le régime du Président YAYI qui a multiplié les actes de provocation à l’égard des associations, des organisations non gouvernementales, des syndicats et des partis politiques.

 

Qui est responsable des sorties belliqueuses et injurieuses des ministres et autres thuriféraires du régime diffusées à longueur de meetings et de marches de soutien ? Qui est responsable de la caporalisation des organes de presse de service public qui servent de support à l’intoxication et pour discréditer constamment les acteurs politiques ayant des avis contraires à ceux du gouvernement ?

 

La volonté manifeste de contrôler à tout prix et de mettre sous coupe réglée les institutions de contre-pouvoir  a conduit le gouvernement à s’écarter de la morale politique et des vertus démocratiques. L’Assemblée Nationale que le Président de la République a voulu transformer en une banale caisse de résonnance a fait et continue de faire l’objet d’une tentative de caporalisation.

 

La Cour constitutionnelle a également été victime de l’unilatéralisme, de l’absolutisme et de l’absence de fair play de l’équipe au pouvoir. En témoignent le passage en force et la précipitation qui ont caractérisé la nomination de ses membres, recrutés en violation de la loi, exclusivement parmi les plus actifs partisans du Président de la République. Tous ces actes ne sont rien d’autre que l’expression de l’intention du Président YAYI de réduire les sages de la Cour au silence afin de les rendre complice des forfaitures savamment planifiées, mais contre lesquelles notre peuple et sa classe politique restent vigilants.

 

Comment peut-on envisager la célébration de la Journée Internationale de la Paix et mettre en grande vedette le Président de la République, sans avoir à l’esprit la gestion catastrophique des élections municipales, la prise en otage des communes et la manipulation par voie contentieuse des résultats sortis des urnes ?

 

Pourrait-on faire croire à notre peuple qu’est désormais homme de paix, un citoyen qui, bien qu’investi des plus hautes charges de la République, fait constamment obstruction et barrage à l’application de la loi ?

 

Madame le Représentant Résident, notre peuple n’a pas oublié quel fut le rôle prépondérant du Président de la République dans la non installation des conseils communaux et municipaux pourtant élus ?

 

Nous nous permettons simplement de vous rappeler que dans l’imaginaire et la conscience de ce peuple, le Président de la République est directement responsable des déviances, des tensions et des actes de violence électorale qui ont émaillé les législatives de mars 2007 et les élections municipales, communales et locales d’avril 2008. Ces deux élections, comme par hasard, sont organisées sous sa présidence. Elles sont, toute proportion gardée, les consultations électorales les plus violentes et les plus éprouvantes non seulement pour la démocratie, mais surtout pour l’unité de notre peuple et la paix dans notre pays. Car, en effet, plusieurs militants de partis opposés au gouvernement ont subi des pressions et harcèlements de tout genre, d’autres ont été injustement jetés en prison. Ailleurs, des élus ont été chassés à coup de bâtons par des pseudos contestataires montés, manipulés et alimentés en sous mains par les mêmes autorités chargées de veiller à l’application de la loi et au maintien de l’ordre publique.

 

C’est pour toutes ces raisons, que la dimension qu’on vous amène à donner à cette célébration paraît décalée et déconnectée par rapport à la réalité de notre pays.

 

De quoi notre pays a-t-il besoin aujourd’hui ? Notre pays a besoin d’un respect plus scrupuleux de la loi par tous les acteurs de la vie politique nationale, à commencer par le chef de l’Etat. Notre pays a besoin d’initiatives hardies pour prévenir les conflits dont les germes apparaissent déjà aujourd’hui par l’accumulation des frustrations, des injustices, de violations graves de la loi, de l’atmosphère d’intolérance et d’instrumentalisation des institutions du pays.

 

Madame le Représentant Résident, ce que notre peuple peut attendre de la Communauté internationale en général et du Système des Nations Unies en particulier, ne se situe pas dans des activités de pure forme, combinant accessoires et symboles spéculatifs qui seront vite récupérées par la propagande officielle afin de semer la confusion. Ce que les Béninois et l’écrasante majorité des acteurs politiques veulent, c’est un dialogue politique sincère, empreint de respect mutuel, dans une atmosphère de tolérance qui permette la restauration pleine et entière des acquis de la Conférence Nationale. Il s’agit, nous semble-t-il, des meilleures bases et des poutres les plus solides pour préserver la paix.

Nous voulons construire une paix durable dans notre pays, fondée sur les valeurs de liberté, de tolérance, de justice et de non-exclusion.

C’est pourquoi, nous nous démarquons de l’option folklorique et hypocrite de la célébration, cette année, de la Journée Internationale de la Paix au Bénin.

 

Veuillez agréer, Madame le Représentant Résident, l’assurance de notre haute considération.

   

Pour les Partis membres de l’Union et PO

   

Antoine Kolawolé IDJI

 

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Tag(s) : #Politique Béninoise
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