| | Le Président Boni Yayi serait-il devenu « un fonds de commerce » dont certaines personnes ou groupes de personnes s’estiment être les dépositaires exclusifs ? C’est la question que l’on est en droit de se poser suite à l’incident survenu la semaine dernière à Nikki, et dont la télévision nationale a rendu compte dans son journal télévisé de 20h de lundi dernier. Les circonstances de l’évènement et le lieu de sa survenue sont assez édifiants sur le contexte socio-politique qui est en train d’être créé autour de la personne du chef de l’Etat dans la lutte que la kyrielle de mouvements et chapelles de toutes obédiences se livrent pour le contrôle des commandes de l’appareil d’Etat. Et dans cette entreprise de conquête, les élections municipales communales et locales se présentent d’ores et déjà comme une étape cruciale. Mais que s’est-il passé à Nikki ? Un incident assez significatif, tant du point de vue sociologique que politique : les fils et filles de Nikki au premier rang desquels des personnalités d’envergure comme l’ont montré les images diffusées se sont retrouvés en présence du roi pour arrêter les modalités d’une manifestation de soutien au président de la République. En l’occurrence il devait s’agir d’une marche qui, dans l’esprit de ses initiateurs serait une illustration de la cohésion des habitants de cette cité historique du septentrion derrière le chef de l’Etat qui, ici comme ailleurs sur le territoire national, aurait besoin d’être convaincu de l’adhésion à sa politique. Du moins c’est ainsi qu’il conviendrait de comprendre l’objectif assigné à la marche, à la lumière des déclarations de certains participants suite au fiasco de la réunion. En effet, et sans jeu de mots excessif, la rencontre a tourné en eau de boudin ; et pour une raison essentielle à en croire les propos rapportés par nos confrères de la télévision : ceux qui s’affichent comme les premiers partisans de Boni Yayi à Nikki n’auraient pas accepté de voir à leurs côtés leurs compatriotes considérés comme des ouvriers de la vingt cinquième heure. Les discussions ont donc tourné court, et la marche de soutien n’a pu être organisée d’autant plus que madame le maire de la localité n’aurait même pas été tenue informée dans les formes administratives requises selon sa déclaration à l’issue de la réunion. Ce qu’il convient de qualifier d’incident de Nikki, effet médiatique oblige, a le mérite de mettre au grand jour les marchandages, et autres calculs à la petite semaine qui entourent ces manifestations de soutien dont la généralisation ne peut laisser que songeur l’observateur quelque peu attentif des moeurs politiques béninoises. Dans un pays où on dénombre officiellement plus de 100 partis politiques, sur une scène politique où la versatilité est la qualité le mieux partagée par un grand nombre d’acteurs on ne peut que s’interroger sur l’utilité de cette sarabande qualifiée d’actions de soutien au chef de l’Etat par ses initiateurs. L’éclairage qui nous vient de Nikki, met en évidence que certains semblent avoir trouvé un fonds de commerce à travers ces marches de soutien et le nom du président Boni Yayi est le sésame pour rassembler le plus grand possible de monde. Dans le même temps, une politique d’exclusion est mise en oeuvre à l’égard de ceux que l’on considère aujourd’hui comme des concurrents à la chasse aux postes de responsabilité ; il suffit de montrer qu’ils ne figurent pas au nombre de ceux qui se proclament comme étant « l’avant-garde » du changement. A Nikki ce débat a pris un tour qui mérite réflexion dans la mesure où sur le terrain les comportements de certains thuriféraires du chef de l’Etat mettent à mal ses appels au rassemblement des énergies pour mettre en oeuvre sa vision politique. La leçon de Nikki est aussi que la recherche effrénée de l’unanimisme en politique, dans une démocratie est une entreprise dont les effets peuvent nuire à la cohésion sociale. Le débat démocratique est nécessairement pluriel, il consiste avant tout à discuter, à substituer à l’affrontement la communication raisonnée afin de trouver des solutions aux problèmes de la cité dans le respect des différences. | |