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Courrier international - n° 902 - 14 févr. 2008
Amériques
ÉTATS-UNIS - Obama ou le syndrome Ségolène
Le sénateur de l’Illinois pourrait faire le même parcours que la candidate française en 2007 : susciter l’enthousiasme lors des primaires, pour finalement perdre le jour de l’élection. L’analyse d’un professeur de sciences politiques.
Une chose est sûre depuis le “super-mardi” de la semaine dernière : Barack Obama est désormais engagé dans une lutte sans merci contre Hillary Clinton, la candidate préférée de l’establishment démocrate. Et chaque nouvelle primaire semble augmenter ses chances de disputer l’élection du mois de novembre.
Pour ceux qui suivent la vie politique française, cette situation a comme un air de déjà-vu*. En 2006, on assistait au triomphe de Ségolène Royal, portée lors des primaires socialistes par les nouveaux adhérents séduits par sa promesse de renouveler la politique française. Et puis on l’a vue perdre en mai 2007 face à Nicolas Sarkozy. Alors, quelles leçons Barack Obama peut-il tirer de la défaite de Ségolène Royal ?
Si le sénateur de l’Illinois remporte l’investiture démocrate, c’est qu’il aura réussi à vaincre Hillary Clinton, puisque John Edwards, dont les discours enflammés ont séduit de nombreux électeurs de la classe ouvrière, s’est déjà retiré de la course. Mais Obama a besoin du soutien de ses deux rivaux pour remporter l’élection du mois de novembre.
Ségolène Royal s’est retrouvée dans la même situation. Pour devenir la candidate socialiste, elle a dû se débarrasser de deux éléphants du parti. Dans le rôle de Hillary Clinton, on trouvait l’actuel président du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, alors favori de l’élite parisienne, tandis que l’ancien Premier ministre Laurent Fabius, avec sa campagne pour une plus grande intervention de l’Etat et contre les marchés internationaux, faisait office de John Edwards à la française, les cheveux en moins. Royal a réussi à battre ces adversaires – tous deux plus expérimentés qu’elle – en incarnant à la fois une réelle chance de victoire et une alternative politique.
Alors, que s’est-il passé ? Le di­vorce entre Ségolène Royal et l’appa­reil du Parti socialiste, qui lui a longtemps servi à incarner le changement, est subitement devenu un obstacle pour la candidate. A l’instar d’Obama, Ségolène Royal avait fait campagne en promettant de former une grande coalition du changement, de rompre avec le passé et d’instaurer une démocratie participative. Mais, après son investiture, toutes ces promesses ont cédé la place à une vieille version du programme du Parti socialiste en vertu duquel la candidate s’engageait simplement à résoudre les problèmes de la France en dépensant plus d’argent. Ségolène Royal n’avait aucune chance de l’emporter avec un tel recyclage d’idées éculées.

Le candidat doit convaincre son propre parti

Le risque, pour Obama, s’il remporte l’investiture du Parti démocrate, est clair. Il doit maintenir la base de son électorat tout en convainquant son parti de s’aligner sur son projet en faveur d’un changement social radical. A l’image de Ségolène Royal, Obama doit relever l’un des grands défis de la politique américaine contemporaine, en réunissant une solide coalition derrière une nouvelle vision pour la gauche. Ce défi est de réhabiliter la notion, fort discréditée, de pouvoir public agissant pour le bien commun. Or c’est précisément parce qu’ils répondent à ce défi que les discours d’Obama sur le renouveau ont une telle force d’attraction.
Les primaires sont en train de se transformer en une course au nombre de délégués, et Obama a toutes les raisons de se concentrer sur cette étape. Mais, pour gagner en novembre prochain et remporter l’investiture du Parti démocrate lors de la convention nationale d’août, Obama ne doit pas seulement convaincre les électeurs mais aussi l’appareil du parti. Les leaders locaux du Parti démocrate joueront un rôle crucial dans une éventuelle victoire d’Obama. Traditionnellement, le problème des démocrates lors d’une élection présidentielle consiste à ne pas mettre la barre trop à gauche pendant les primaires. Mais Obama n’est pas comme les autres. Il a déjà attiré des électeurs du centre, comme Royal. Son principal problème est de convaincre les seconds couteaux du Parti démocrate, dont la plupart ne partagent pas ses opinions sur la nature du changement qu’il défend. S’il ne parvient pas à convaincre ces alliés potentiels dès les primaires, Obama pourrait con­naître le même sort que Ségolène Royal et perdre, au bout du compte, une élection qu’il avait tout pour gagner.

* En français dans le texte.
Pepper D. Culpepper
The Christian Science Monitor
L’auteur
Professeur de politique publique à l’université Harvard, Pepper D. Culpepper est coauteur (avec Peter A. Hall et Bruno Palier) de La France en mutation, 1980-2005 (éd. Les Presses de Sciences-Po, 2006).
 © Courrier international 2008 | ISSN de la publication électronique : 1768-3076    
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Tag(s) : #Politique Internationale
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