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Bénin : dix étapes vers la paix et le dialogue

 Mercredi 05 novembre 2008 

Ne nous voilons point la face : le Bénin, notre pays, ne se porte pas aussi bien que nous le pensons, aussi bien que nous le disons. On nous fera remarquer que le Bénin, pour prendre cet exemple, n’est pas la République  démocratique du Congo où la guerre sévit à l’état endémique. C’est vrai. Mais la guerre n’intervient jamais par hasard, sans raison. Avant qu’elle n’explose dans l’assourdissante conflagration des armes qui tuent, la guerre prend corps et forme lentement, évolue de manière rampante et silencieuse.

Mais on n’est pas tenu d’en arriver là, parce que la guerre n’est pas une fatalité. Encore faut-il en reconnaître, pour les conjurer, les signes avant-coureurs. Tel un parlement paralysé ; des acteurs de la vie politique et sociale, prêts à en découdre à coups d’arguments frappants ; un bras de fer dur et qui dure entre l’exécutif et le législatif. Ce qui a réduit, depuis, la politique à un simple jeu qui détourne les uns et les autres des grands enjeux de l’heure.


Voici, en dix points, l’esquisse d’un scénario de sortie de la crise actuelle, à tenir pour autant d’étapes nécessaires sur le chemin d’un Bénin pacifique et paisible. Ce Bénin-là ne préfigure nullement, dans notre entendement, un pays unanimiste, qui tournerait le dos au pluralisme démocratique, tout le monde étant tenu d’être d’accord avec tout le monde. Instaurer un climat de paix ne revient pas à abolir le débat, à gommer les différences. Instaurer un climat de paix, c’est d’abord remettre le pays à l’endroit, en ordre de marche normal. Instaurer un climat de paix, c’est remettre le pays sur les pieds plutôt que de le laisser continuer de marcher sur la tête. Quelles sont donc les dix étapes énoncées ?

1  Reconnaître que cela ne va pas, et pas du tout, en ce moment, dans notre pays, et que chacun de nous y a sa part de responsabilité. Il n’y a pas d’un côté des anges du paradis et de l’autre Satan en son enfer. Il y a des Béninois, avec leurs qualités et leurs défauts, qui s’engagent sincèrement à arrêter la descente aux enfers de leur pays, à défaut d’en faire, pour le moment, un paradis terrestre.

2  Décider, en toute conscience, de la nécessité de « faire balle à terre », de jeter par-dessus bord tout orgueil, d’arrêter un cycle infernal qui ne sert, à long terme, les intérêts de personne, mais nuit plutôt aux intérêts de tous. Nous devons prendre conscience, où nous sommes, que le combat doit  enfin cesser. Tout combattant engagé dans un combat inutile et vain n’est qu’un perdant qui s’ignore.

3  Repérer le cadre, l’espace du nouveau combat pour le dialogue et la paix. Un combat qui ne doit exclure personne. Un combat dans lequel l’arme de la parole est équitablement donnée à tous. Pour combattre la langue de bois. Car, dans l’esprit d’un déballage sans limites et sans ménagement, chacun est tenu de dire tout ce qu’il a sur le cœur.

4  Restaurer la confiance, dès le départ, pour offrir à cet ensemble prêt au dialogue le ciment qui pourrait en faire un groupe soudé et cohérent. La confiance est le sentiment de se fier à soi-même et aux autres. Elle se suscite. Elle s’entretient. Nous y parviendrons au prix de signes forts de bonne volonté de tous. C’est la dîme à payer par chacun pour la paix.

5  Partager une vision commune, celle de construire le Bénin de nos rêves, par delà nos différences. Si ce Bénin-là pouvait être beau à nos yeux à tous, c’est l’assurance que chacun de nous pourrait y trouver son compte, en quantité et en qualité.

6  Définir la mission revient à « normaliser » notre pays, avec la conscience aigue que chaque jour qui passe et qui voit le pays paralysé, c’est un peu de nous mêmes qui fout le camp, c’est à nos propres intérêts que nous attentons, c’est le procès de notre masochisme que nous instruisons, comme s’il pouvait y avoir un quelconque plaisir à mettre soi-même, de ses propres mains, le feu à sa propre maison.

7  Fixer les objectifs que nous devons atteindre au bout de ce processus. Entre autres, le retour de la confiance, les retrouvailles entre frères et sœurs, le déblocage de nos institutions actuellement paralysées, le fonctionnement normal du pays résolument tourné vers l’avenir.

8  Préciser les moyens à mettre en œuvre. En l‘occurrence, l’homme, la mesure de toute chose. Les Béninois, unis pour le meilleur, qui comprenne la nécessité de s’asseoir pour se parler, de parler pour construire au profit de chacun et de tous.

9  Prendre comme mesure d’engager, devant les Béninois et les Béninoises, la parole de chacun des acteurs appelés à cette  concertation pour la paix. C’est un serment sur l’honneur.

10  Prendre l’engagement, à la fin, d’évaluer toute la démarche afin d’en moissonner tous les enseignements.

Jérôme Carlos
La chronique du jour du 5 novembre 2008

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Tag(s) : #Politique Béninoise
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