Les change-menteurs font la danse du ventre à Dantokpa
Par Arimi CHOUBADE
5 décembre 2008
Liesse à Dantokpa, 13 jours après le braquage meurtrier. En hommage au docteur-président, « la clé du bonheur » de la bouche même du Directeur général de la Société de gestion des marchés du Bénin, Joseph Tamègnon. Pour avoir construit des hangars. Rien que cela. Comme si le marché venait d’être inventé. L’ imposant bâtiment central, le pavage intérieur de nombreuses rues, les milliers d’anciens hangars, le commissariat, les banques en voie de délocalisation existaient pourtant bien avant que Yayi Boni ne rêve de s’installer à la Marina. Les braqueurs seraient les premiers étonner de cette insouciance caractéristique en voyant leurs victimes potentielles festoyées après le déluge de feu qui s’est abattu sur eux il y a quelques jours. Eux qui s’interrogeaient de la nature de la réplique des Béninois après les 1er avril et 21 novembre. Qu’ils se rassurent. Il n’y aurait ni plan de sécurité spécial ni traque exceptionnelle des assaillants encore moins de sécurisation accrue des banques objets des attaques. Les émergents ont optés pour la ripaille, les fanfares, les frous-frous des uniformes, les libations enivrantes et…la fuite de la délocalisation.
Tamègnon croyait si bien faire en prenant la précaution de prévoir les récriminations sur l’opportunité de cette fête de la bêtise au motif que des séances de prières auraient été déjà organisées en mémoire des victimes dans des églises et dans les mosquées. La pirouette manque d’évoquer le cas de mon confrère du Grand Journal qui souffre encore dans sa chair après qu’une balle de la fusillade du 21 novembre lui ait transpercé le bras de part en part. D’autres se refusent de penser aux éventuelles séquelles de leurs plaies encore béantes et saignantes. Les fêtards disposent de tout le temps pour remercier leur président chéri sans troubler les moments de douleur de ceux dont les proches ont succombé aux balles ou qui souffrent encore de leurs blessures. Ont-ils simplement évoqué le cas des commerçantes débitrices des agences de prêts et dont les marchandises ont été dévalisées dans la foulé du dernier braquage ?
Tout le monde sait qu’il dépend des assaillants que ces femmes puissent jouir réellement des bâtiments actuellement objet de l’indécente célébration du 04 décembre 2008. Il suffit de deux raids de la bande mystérieuse pour que le conseil des ministres décrète d’une autre délocalisation expresse. Personne ne s’étonnerait que le régime du Changement ordonne un jour le déguerpissement de tout le site de Dantokpa vue l’apathie qui tétanise les services de sécurité. Les organisateurs ont d’ailleurs fait preuve d’une désinvolture très risquée en exposant la vie de centaines d’usagers des marchés conviés à la fête de la bêtise. On imagine le carnage si jamais les assaillants avaient décidé de faire leurs courses habituelles à la même date que les festivités. La seule volonté de magnifier la « clé du bonheur » n’aurait été d’aucun secours.
Les Béninois espéraient mieux de Tamègnon après sa promotion à la tête de la Sogema. Certains en sont même venus à oublier qu’il fut le fruit de la vaste campagne de débauchage mise en scène par le régime. Ce qui explique la relative clémence dont-il bénéficie de la part des Cotonois comparativement à ses prédécesseurs. Mêmes ses anciens amis de la mairie de Cotonou ont mis une sourdine à la pressante revendication sur le transfert de la gestion du marché de Dantokpa avec les ardeurs du début qu’ils partageaient d’ailleurs avec lui. Ce n’est pas tant le fait pour Tamègnon de faire bombance en compagnie de ravissantes dames qui posent problème. Mais il n’était pas obligé d’en rajouter au martyr de ces concitoyens au nom du droit de Yayi Boni de se faire célébrer par ses courtisans.
Le sauvetage du strapontin ne doit pas justifier tout.
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