Par Arimi CHOUBADE
mardi 10 février 2009
Gros Jean, cette police de Zinzindohoué, avec un arrêté d’interdiction de la vente de l’essence de contrebande et des bouteilles au liquide rouge qui essaiment toutes les rues du Bénin après quelques jours de perturbations. Des policiers pris de vitesse par des contrebandiers qui décrètent une grève de chantage avant de reprendre possession du macadam plus rayonnants et plus envahissants que jamais. La sociologie du « kpayo » déroule ainsi ces méandres sans parage. Au Bénin, il existe l’Etat républicain d’une part et les vendeurs de « kpayo » d’autre part. La grandiloquence autour de la restauration de l’autorité de l’Etat n’y fit rien.
La quadrature de la gouvernance émotive qui réprouve toute démarche conceptuelle basée sur l’intelligence et le mûrissement de l’action. Comme s’il existe une solution mécanique, musclée à une activité qui remplace avec efficacité la panne de programme de gouvernement sur l’emploi et le recul de la pauvreté. Zinzindohoué pensait régler un phénomène de société par un arrêté à diffuser et à rediffuser sur les médias. Il s’agit ici de la gestion de la citée en tant qu’instrument de transformation qualitative de la vie quotidienne des citoyens et non de propagande politique ou de coup médiatique. Si on devait s’en tenir à la thèse des émergents, des milliers de pères de famille feraient l’option de gré ou de force de renoncer à leur gagne-pain et se laisseraient mourir avec femmes et enfants pour que les rues se débarrassent de haies de bouteilles d’essence exposées à l’air libre.
On ne comprend pas que les experts en développement de la Marina puissent ignorer qu’on ne supprime pas une activité de subsistance ; on la remplace par une autre. Les damnés qui inhalent les effluves mortels des produits pétroliers sont conscients des risques encourus de génération de trafiquants en génération de trafiquants. Les torches vivantes qui défraient le plus souvent la chronique ne constituent que la lilliputienne partie des victimes innocentes du fléau ; la partie émergente de l’iceberg. On ne parle des gros trafiquants qui tirent les ficelles depuis des bâtisses cousues dévissant tranquillement à longueur de journée en compagnie de douaniers et de gradés de la police en attente de leurs bakchichs. Depuis l’avènement du Changement, on retrouve dans ces antres luxueux de contrebandier des émissaires recruteurs du regroupement politique du chef de l’Etat, Fcbe.
Comment ne pas revenir sur le rôle de l’intelligence de la gouvernance dans la lutte contre la commercialisation des produits pétroliers issus de la contrebande. Chaque fois que les dirigeants ont privilégié les muscles à l’encéphale, ils ont conduit leurs peuples tout droit dans le mur. A voir la flicaille s’acharner sur les étalages d’essence en vrac, on ne peut s’empêcher de penser à l’époque où des autorités municipales encourageaient le remblais des zones marécageuses de Cotonou sous le prétexte d’une volonté d’urbanisation. Il a fallu les années d’inondation pour faire comprendre qu’il fallait recourir à la science qu’au sens.
Un plan de mise en valeur de la Vallée de l’Ouémé ferait plus de bien aux jeunes de la région que des hordes de policiers et de gendarmes envoyés sur les pistes de contrebande. Les gens préféreraient devenir de respectables exploitants agricoles que de vulgaires hors-la-loi poursuivis par toutes les forces de sécurité publique du pays. Sans oublier ces milliers de Béninois vivant dans les zones frontalières qui ne connaissent de la République que les échos lointains des frasques du régime. Dire à ceux-là de cesser cette activité afin que le chef de l’Etat et les ministres n’aient plus honte à s’excuser auprès des visiteurs étrangers de passage à Cotonou, Porto-novo et Parakou est du cynisme au superlatif.
En tout cas le « kpayo » fait plus que tenir bon…
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