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Claude, délégué de Paris, ne cache pas sa déception. Ses "frères" lui avaient donné mandat pour voter en faveur de la liberté donnée aux loges d'initier ou pas des femmes. "Le Grand Orient est fondé sur l'humanisme universel qui ne peut ignorer la moitié de l'humanité. En laissant le choix aux loges, chacun y trouvait son compte." Comme d'autres partisans de la mixité, il promet de revenir à la charge dès que possible.
A l'inverse, Guy se montre satisfait. Dans sa loge parisienne, une "immense majorité ne souhaitait pas travailler directement avec des femmes. La loge est un endroit fermé, particulier, et nous souhaitons y travailler en masculinité", indique-t-il, récusant tout "sexisme".
"REPLI SUR SOI"
Les opposants à la mixité soulignent aussi volontiers l'existence de loges féminines et de loges mixtes susceptibles d'accueillir les apprenties maçonnes. Ils rappellent qu'ils ont choisi le Grand Orient notamment pour son caractère masculin. "Si nous initions des dames, rien ne dit qu'elles ne postuleront pas au conseil de l'ordre et deviennent, pourquoi pas, grande maîtresse !", explique un délégué bordelais de 68 ans. "Certains sont persuadés que l'identité même du Grand Orient serait affectée par l'arrivée des femmes", analyse Jacques, délégué pro-mixité.
Pour le grand maître actuel, Pierre Lambicchi, "le vote du convent ne dénote pas une régression ou une attitude rétrograde". "Le travail des loges avec les femmes existe depuis 1974, insiste-t-il. Dans nos activités maçonniques et sociétales, nul ne peut dire que nous nous coupons de 50 % de la société. Seules 12 % des loges refusent encore de recevoir les femmes." "Accablé et attristé", son prédécesseur, Jean-Michel Quillardet, ouvertement favorable à la mixité "ne s'explique pas ce vote". "On apparaît en contradiction avec nos propres principes de laïcité, d'égalité, d'universalité. Cela traduit un repli sur soi de certains "frères"." Inquiet, il pronostique une crise institutionnelle au sein de son obédience.
M. Lambicchi propose, pour sa part, la création d'une "fédération de la maçonnerie libérale et adogmatique", réunissant aux côtés du Grand Orient masculin des obédiences féminines et mixtes. Une manière, pour certains, de régler le sort des loges ayant initié des femmes et les six "soeurs" concernées.
D'autres font confiance au "sens de l'histoire". "Il y a dix ans, souligne un frère lillois, 70 % d'entre nous étaient contre la mixité. Les choses évoluent finalement assez vite." L'arrivée ou pas des femmes au Grand Orient risque d'animer encore de futurs convents.
Pierre Lambicchi a été réélu grand maître
Pierre Lambicchi a été réélu grand maître du Grand Orient de France (GODF), la plus importante obédience maçonnique française, lors du convent annuel (assemblée générale) organisé à Lyon du 3 au 5 septembre.
Agé de 60 ans, ce cardiologue marseillais était le seul candidat à sa succession ; il a obtenu 32 des 35 voix du conseil de l'ordre du GODF. Fils et petit-fils de maçon, il a été initié en 1976. Pierre Lambicchi, élu pour un an renouvelable une dernière fois en 2010, est à la tête d'une structure qui compte 1 200 loges et quelque 45 000 membres.
Le Grand Orient organisera, cette année, un colloque sur le thème "Immigration et humanisme".
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