23/05/2013
BENIN: Analyse du complexe d'infériorité refoulé de Boni YAYI
Par Issa
KPARA, Philosophe
La geste politique de Yayi Boni, pour être comprise, doit être considérée du point de vue de la psychologie de son héros. La
politique a beau être une action à incidence collective, ses acteurs ne laissent pas d'être des individus, qui ont une histoire, une psyché, des motivations, des désirs et des
frustrations.
Pour comprendre la geste de Hitler depuis sa prise de pouvoir par un coup de force politique en 1933 jusqu'à son suicide en
1945, en passant par la guerre et les horreurs dont la moindre n'est pas le génocide des minorités ethniques ou morales, il faut sans aucun doute prendre en compte l'histoire personnelle de cet
Autrichien d'origine devenu par la force des choses et par la force brute le Führer du Troisième Reich.
De même, et toutes proportions gardées, pour comprendre le drame collectif qui se joue au Bénin depuis 2006 et dont M. Yayi est
l'acteur principal, on ne peut sous-estimer la dimension psychologique de l'homme, ni balayer d'un revers de main la somme des idiosyncrasies de ses acteurs. Il y a d'abord l'homme, né musulman
et converti au christianisme avec aujourd'hui une dépendance assez forte vis-à-vis de la religion pour que ses conseillers les plus écoutés soient des pasteurs évangélistes.
La religion, comme le disait Émile Durkheim, est un délire bien fondé. En l’occurrence, elle est l'élément catalyseur et
canalisateur des délires de celui qui, par un coup de chance extraordinaire, et non sans l'indécrottable haine de soi des Béninois du sud, est devenu président de la république du
Bénin.
Cette odyssée politique dont l’ivresse de la réussite le porte toujours, il l’a réalisée en mettant en jeu l'une de ses ruses
caractérielles les plus tenaces, l'humilité factice ; une humilité qui se met en scène à coups de révérence et de génuflexions et à laquelle, ceux à qui elle est adressée résistent difficilement.
Mais cette humilité factice n'est qu'une façon de faire l'âne pour avoir le foin. Sa mise en jeu est des plus ambigües.
En raison de son extraction ethnique, de sa biographie personnelle, Yayi Boni ne mène pas large sur le plan de l’estime de soi,
et sa compulsion à la soumission à ses supérieurs du moment se compense toujours par une compulsion inverse à la répression, à la domination de ses inférieurs, ceux qui sont dans son entourage
immédiat, familial ou même ceux qui, à un moment donné ou à un autre, lui ont fait la courte échelle.
Les Soglo qui furent à l'origine de son éclosion politique, par le couteau qu’il leur tient sous la gorge actuellement, en
savent quelque chose. Plus d'un de ses géniteurs politiques, en voyant sa superbe démentielle aujourd'hui ne reconnaissent pas l'humble être affable d'hier qu'ils avaient adoubé. Telle est la
profondeur de la blessure complexuelle de la personnalité de Yayi Boni que, pour en guérir, il est obligé de faire montre d'une volonté de puissance sans commune mesure.
Ainsi, le complexe d'infériorité est refoulé sous les actes délirants de violence, d’acharnement contre des ennemis imaginaires
ou nécessaires. Ce complexe s’exprime aussi dans le désir d'être au centre de l’attention ou de l'intérêt collectif en permanence. Il va juste qu'à un désir de déification auquel les délires
religieux prêtent un semblant de légitimation sinon par la comparaison avec Dieu du moins par l'auto-proclamation comme messie. Enfin, d'un point de vue purement sociologique, il se traduit par
la bonne volonté sociologique du simple docteur en économie qui n'a dégotté ce titre douteux que pour l'exhiber urbi et orbi, en faire un étalage ronflant.
Cette ostentation intellectuelle est le propre de ceux qui, ayant eu un doctorat, ne résistent pas au désir idiot de se faire
appeler Docteur, désignation expressément réservée aux médecins. Face à cet édifice complexuel d'une immensité inénarrable, la solution pour Yayi Boni réside dans la compensation. Compenser le
manque social et intellectuel en se faisant appeler « docteur », tout simplement parce qu'on a eu un doctorat ; compensation socioprofessionnelle en devenant Président de la BOAD ; compensation
politique en devenant Président de la République.
Dans tous les cas, peu importe que la réalité de l'objet de sa magnification soit effective : peu importe que la BOAD soit une
banque digne de ce nom ; que les transactions financières de toute l’Afrique soit inférieures à 3% du volume mondial ; peu importe que son doctorat soit écrit par lui-même ou un autre, ou bien sa
pertinence ou son originalité ; peu importe enfin que le Bénin soit une république bananière ou non, peu lui chaut : dans tous les cas, il suffit que Yayi Boni soit appelé « docteur », «président
de la BOAD », « président de la république du Bénin ». Cela suffit à nourrir ses désirs de grandeur.
Qu'on le veuille ou non, et en dépit des proclamations de désintéressement de la part des intéressés, la politique engage
toujours une part de narcissisme. Ce n’est pas pour rien que dans l’antiquité elle s’opposait au foyer et était le fait des hommes libres, c’est-à-dire dégagés des nécessités, et qui se
reconnaissaient entre eux.
Dans le cas de Yayi Boni, nous avons affaire à une recherche maladive de compensation de l'image de soi. Le métier politique
n'était pas son souci -- loin s’en faut -- mais le fait d'être président de la république. Sinon, à l'instar des vrais hommes politiques concernés par la vie de la cité, il se serait fait maire,
conseiller ou député. Mais, on n'a jamais entendu son nom ni vu sa présence dans ses lieux et domaines de la vie politique proprement dite.
L'homme est passé de la Présidence de la BOAD à la Présidence de la république du Bénin, dans une telle acrobatie de la volonté
de compensation que son seul point d'appui paraît avoir été le mot Président. Et, avant de devenir président, pendant les 10 ans qu'a duré son séjour au Togo, il a eu largement le temps
d'intérioriser les contours de son rêve, d'embobiner le film de son odyssée présidentielle.
Il l’a fait au contact du dictateur Eyadema dont il a intériorisé les manies, les manières et les manigances les plus infâmes ;
il l’a fait en élisant dans le théâtre intérieur de sa psyché des personnages clés, des actes, des parcours et des faits incontournables, des passages obligés élevés à un niveau de paradigme de
l'action présidentielle. Si bien qu'une fois devenu président, M. Yayi n'a de cesse de dérouler la bobine de son film du rêve présidentiel. Passionnément, et avec un entêtement qui n'a d'égal que
sa volonté de compensation, il se met en devoir de réaliser ce qu'il avait intériorisé, point par point et dans les moindres détails.
Pourquoi Yayi Boni voyage-t-il sans arrêt au risque de ruiner un petit pays comme le
Bénin ? Eh bien, parce que, 10 ans, 20 ans plus tôt, quand il embobinait son film du président de la république, il avait capté qu'un président c'est un homme dont la grandeur résidait dans les
voyages officiels ; un homme que d'autres présidents considérables accueillent avec des tapis rouges.
Aller au-devant d'autres chefs d'État, saisir la moindre occasion pour leur rendre visite, échanger des poignées de main avec les
grands de ce monde au titre du fait qu'on est Président d'une république, que peut rêver de mieux un homme affligé d'une si furieuse volonté de compensation ? C'est pour cela que d'une manière
impudique, et au risque de ruiner le pays, Yayi Boni passe le plus clair de son temps à voyager, pour rappeler au monde et à lui-même qu'il est Président de la République, des fois que le monde
se piquerait de l’oublier.
C'est aussi pour cela que M. Yayi s'est bagarré comme le diable, a vidé les caisses de l'État pour acheter (car le Président de
la République reste banquier dans l’âme) toutes sortes de consciences au sommet de l'État afin de se perpétuer par un holdup de triste mémoire qui est aussi un coup de poignard dans le dos de la
démocratie.
De même, dans l'intimité profonde de sa geste présidentielle, Yayi Boni a intériorisé qu'un président digne de ce nom doit subir
des tentatives d'assassinats, de coup d'état, ou d'élimination auxquelles naturellement par sa force suprême, son intelligence, et ses pouvoirs occultes, il se doit d'échapper.
Des militaires haut gradés doivent organiser des complots auxquels il échapperait héroïquement ou qu'il déjouerait de justesse.
De même, à l'instar d'Eyadema, ce serait bon qu'il sortît indemne d'un "accident d'avion".C'est ainsi qu'on peut expliquer les coups fumants de soi-disant attaques du cortège présidentiel à
Ouèssè, à la veille des élections législatives de 2006.
De même au lendemain du hold-up électoral de 2011, sa guerre fratricide avec son mécène et ami cotonnier, M. Patrice Talon, tombé
en disgrâce et accusé de tentative d'empoisonnement. Accusations grotesques, absurdes, qui dégradent l'image du Bénin à l'extérieur mais dont l'originalité est aux yeux de son concepteur un
élément d'attrait fantastique pour la qualité d'une geste présidentielle digne de ce nom.
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