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  Gestion de la Nation:Yayi Boni à l’épreuve du Changement

 

25 juillet 2008


Après deux ans d’exercice du pouvoir, ce n’est plus le même Yayi Boni omniprésent sur tous les fronts au début de son quinquennat qu’on retrouve aujourd’hui. Il a pris du recule. Disons qu’il a fait un grand bond en arrière. De même, les chantres du changement qui s’égosillaient sur tous les toits pour vendre aux Béninois un concept un peu plus tôt scandé sous le vocable « Ehuzu » aux heures de gloire de la révolution, se font désormais très discrets, parce que leur rhétorique commence à sonner creux dans les oreilles des populations. Yayi Boni et sa suite de ministres et de conseillers de tout acabit ne croient plus certainement au changement. Les Béninois eux, en doutent.

Où est passé le super Président ? Le même qu’on a vu débarquer un beau jour dans les services publics pour appréhender les retardataires et relever les absents, descendre dans les champs de coton, braver les eaux de pluie pour montrer sa solidarité à l’endroit des populations sinistrées suite à des pluies diluviennes de la saison précédente, aller dans des hôpitaux pour porter à bras le corps des nouveau nés accouchés dans des conditions que personne n’aurait souhaité. Où est l’homme qui n’hésitait pas à offrir des milliards dès qu’il est sollicité ou même quand il ne l’est pas ? On le voit de moins en moins. Où en est-on avec la destruction et la reconstruction des écoles annoncée dans la précipitation par Yayi Boni ?. Que sont devenus son dynamisme débordant et son hymne du changement ? Ses conseillers, surtout celui chargé de la promotion du changement, ont-ils donné leur langue au chat ? Autant de questions que les électeurs se posent, parce que jusqu’à présent les premières réformes lancées par Yayi Boni n’ont pas produit leurs effets. 0n pense notamment au coton, à l’administration avec un ministère de la réforme administrative et institutionnelle, le Port autonome de Cotonou, à l’éducation avec la gratuité de l’enseignement de base : les parents payent plus cher qu’avant, à la gratuité des soins de santé pour les enfants de 0 à 5 ans, à la micro finance qui a été gérée dans l’opacité, la gratuité de la césarienne qui ne concernent que quelques centres où les femmes en travail souffrent plus et leurs maris taquinés avec des ordonnances parfois inutiles et des médicaments qui disparaissent dans les poches des sages-femmes. Les Béninois se posent autant de questions parce qu’aujourd’hui ils vivent beaucoup moins bien qu’hier. Le régime a donc laissé le désenchantement s’installer dans leurs esprits. Ils ne croient plus aux promesses de changement du régime en place. Arrivé au pouvoir en avril 2006, aimé de tout un peuple Yayi Boni dont personne ne doute de sa détermination à changer le visage du Bénin a laissé planer un immense vent d’espoir sur le pays. Mais deux ans après c’est le désenchantement qu’on lit sur les visages. Les Béninois sont désenchantés parce qu’ils continuent de subir les affres de la restriction de l’énergie électrique. Malgré cela, ils n’ont pas cessé de payer très cher les factures d’eau et d’électricité. Depuis l’avènement du gouvernement du changement, ils s’attendent à ce que les choses changent. Mais ils ne voient rien pointer à l’horizon. Ils ne voient même plus ceux qui leur promettaient ciel et terre. Tous se sont cachés parce qu’ils ont su que le peuple a compris qu’ils mentaient en profitant de l’estime qu’il attribuait au nouveau locataire de la Marina. Comment croire en eux alors que les Béninois ne dorment plus avec l’esprit tranquille et des idées ordonnées parce qu’ils ont trop de problèmes. Plus que jamais, ils peinent à trouver le chemin du bien-être et de leur mieux-être. Il leur est difficile de croire au changement parce qu’en mettant la main à la poche, c’est pour sortir la liste des créanciers au lieu de l’argent. Comment se laisser aller à de beaux discours sur le changement lorsqu’on regarde l’avenir avec incertitude. Et celà, parce qu’il n’y a pas d’emploi. Le chef de l’Etat, le dr Yayi Boni avait pourtant annoncé qu’il y aura un changement dans ce sens. Le ministère qui est censé promouvoir l’emploi des jeunes a relégué en arrière, loin derrière, cette question majeure. Le marché de l’emploi est devenu plus restreint. Depuis un moment, la cherté de la vie rogne sérieusement le pouvoir d’achat des populations qui sont obligées de réduire leurs rations quotidiennes. Très peu sont les Béninois qui mangent deux fois par jour. Résultat, le chef de l’Etat affronte la colère des travailleurs qui ont récemment organisé l’une des plus gigantesques manifestations hostiles à son régime. La flambée des prix suivie des mouvements de mécontentement laisse apparaître des difficultés monstres à surmonter pour le président. Car aussi réelle que soit la grogne des Béninois sur la diminution de leur pouvoir d’achat ou sur les incohérences de la politique du chef de l’Etat, son mandat de 5 ans risque d’être un quinquennat très agité. Et, le banquier est loin d’être maître de la situation. La baisse de la production agricole, l’échec des réformes en faveur du coton, l’absence de miracle pour la création d’emplois, ce sont autant de réalités qui témoignent de malaises profonds. Les temps risquent d’être encore plus difficiles dans le pays et l’heure est à la restriction.

Jusqu’où ira-t-on ?

En tout cas, rien ne rassure que les Béninois connaîtront le changement tant promis. Ce thème clé de la campagne de Y ayi Boni dans la course à la présidence de mars 2006 est de moins en moins utilisé dans les discours. Cela veut dire que la foi et la confiance qu’il faut avoir autour de la conviction voulue par le chef de l’Etat ont déjà déserté les esprits de ceux qui l’employaient à volonté. Il s’agissait pour Yayi Boni de rompre avec certaines habitudes qui sont devenues des gangrènes de la société et un frein au développement, ou à l’émergence comme l’a voulu son inspirateur. Ces habitudes qui se sont déclinées en maux sont, entre autres, la corruption, le détournement, l’affairisme au sommet de l’Etat, les pots de vin, la lourdeur dans l’administration béninoise. Il rêvait également d’un renouveau économique et agricole. Deux ans après sa prise de fonction, rien n’a presque pas changé. On continue de puiser illégalement dans les caisses de l’Etat au nez et à la barbe du chef. Nombre de ses collaborateurs, amis et députés ont été épinglés par plusieurs commissions d’enquête officielles. Mais tous sont tranquilles malgré leur crime et les rapports déposés sur la table du président de la République. On s’aperçoit que sa volonté de lutter contre la corruption est restée lettre morte. Les Béninois n’ont eu droit jusque-là qu’à des effets d’annonce. Est-ce cela le changement ? Il paraît que si l’on coupe en deux un chantre du changement, on ne verrait que les mots : escroquerie, trafic d’influence, népotisme, mensonge, rapport tronqué au chef de l’Etat, détournement. Les plus fréquents sont l’escroquerie, le détournement en douce et le népotisme. Qu’il vous souvienne que c’est parce qu’on accusait Nicéphore Soglo de népotisme qu’il a perdu les élections en 1996. Sous Mathieu Kérékou on a souvent soulevé que le régime protège les criminels économiques et que ses alliés font du trafic d’influence. Tous ces maux sont revenus avec le gouvernement du changement. L’autopsie du changement permet de se rendre compte qu’il s’agit d’un mot dont le processus de mis en œuvre se dévoile comme une politique démagogique. Cela prouve que le Président de la République ne s’identifie plus à son engagement sociétal et à ses convictions.

Changer de fusil d’épaule

Yayi Boni doit changer de fusil d’épaule. Il faudra qu’il soit moins médiatisé. Rien dans les fonctions comme celles dont la Nation l’a investi ne lui imposent d’être omniprésent sur tous les fronts et de se mettre en permanence sur le devant de la scène. S’il parvient à changer de fusil d’épaule, il aura plus de marge de manœuvre pour bien finir son quinquennat. Et, s’il change de style, il utilisera au mieux son dynamisme naturel pour faire face aux problèmes de ses électeurs et de la Nation. Car, les temps risquent d’être invivables pour les Béninois. C’est pourquoi, il faut que la situation actuelle implique l’engagement de nouvelles réformes adéquates dans bon nombre de secteurs. Yayi Boni doit tailler les dépenses publiques. Une mesure qui aura pour conséquences immédiates la réduction du train de vie de l’Etat. Il doit aussi écouter les pleures des travailleurs et pouvoir calmer leur colère. Sinon les mouvements vont s’intensifier à travers le pays. Subitement la popularité de Yayi Boni va chuter. Son parti Fcbe va perdre de l’influence. Ce qui est un mauvais signe pour 2011.

 

Fidèle Nanga

 


Tag(s) : #Le matinal

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