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14/10/2014

Un gouffre les sépare en termes d’âge. Leurs pays respectifs sont connus pour être des frères ennemis. L’un est hindou, l’autre musulmane. Mais la noblesse de leurs œuvres les a unis par un prix tout aussi noble. En effet, Malala Youzafsai, Pakistanaise de 17 ans et Kailash Satyarthi, Indien de 60 ans, sont les heureux lauréats du prix Nobel de la Paix 2014. Ils partagent le Nobel pour « leur combat contre l’oppression des enfants et des jeunes et pour le droit de tous les enfants à l’éducation ». En d’autres termes, le comité Nobel a salué le travail, le sacrifice de ces deux personnalités, en faveur des droits des enfants à l’éducation et à une vie sans tourment, sans exploitation de la part des adultes.

L’éducation des jeunes filles et le refus de l’exploitation des enfants sont des défis majeurs pour le continent noir

Plus jeune lauréate en 114 ans d’histoire du prix Nobel, Malala est une icône vivante de la lutte pour le droit des filles à l’éducation. Cette lutte, elle l’a menée à ses risques et périls, dans un pays où l’obscurantisme et la barbarie des islamistes est de notoriété publique. La preuve, le 9 octobre 2012, elle a été la cible d’un attentat perpétré par les talibans qui voulaient la punir pour sa campagne en faveur de l’éducation de la jeune fille au Pakistan. Elle a failli perdre la vie dans cette attaque et vit depuis lors en Angleterre. Ce prix est donc la reconnaissance de la bravoure d’une jeune fille qui aura bravé la mort pour défendre une noble cause. Il vient comme pour rappeler à tous qu’ « aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ». Cette adolescente est le symbole d’un monde en quête d’égalité des sexes.

Comme on le sait si bien, l’éducation des filles leur permet de contribuer au développement durable des sociétés dans lesquelles elles vivent. Ne dit-on pas du reste qu’ « éduquer une femme, c’est éduquer une nation » ? Tout en écho à ce droit à l’éducation, il y a la lutte contre l’exploitation des enfants. En effet, comme l’a relevé le président du Comité Nobel, « les enfants doivent aller à l’école et ne pas être financièrement exploités ». La lutte contre l’exploitation des enfants, Satyarthi en a fait son cheval de bataille. Dans la pure « tradition de Gandhi », il se bat pour contrer ce fléau, comme l’a relevé le Comité Nobel. Il a, à cet effet, organisé de nombreuses manifestations, toutes pacifiques, à travers l’Inde. Dans bien des endroits du monde aujourd’hui, les enfants sont l’objet de maltraitances, d’exploitation tous azimuts. Les images d’enfants soldats et d’enfants travaillant dans des mines d’or ou dans des plantations, rappellent à l’humanité combien le chemin reste encore long, pour permettre à l’enfant de jouir de tous ses droits. C’est donc contre un fléau bien réel que Satyarthi se bat et c’est tout à son honneur.

Bien que ces deux lauréats du Nobel de la paix 2014 soient asiatiques, leur combat concerne aussi l’Afrique. Et au premier chef. En effet, l’éducation des jeunes filles et le refus de l’exploitation des enfants sont des défis majeurs pour le continent noir. Aujourd’hui encore, du fait des pesanteurs sociales, des résistances subsistent relativement au droit de la fille à l’éducation, surtout à l’instruction scolaire. Et comme au Pakistan de Malala, il y a des illuminés en Afrique qui s’emploient encore à ramer à contre-courant des défis du siècle actuel. Sont de ceux-là, les islamistes de Boko haram au Nigeria, qui s’illustrent négativement entre autres, par la négation du droit de la fille à l’instruction. Dans la matérialisation de ses idées rétrogrades, ce mouvement terroriste, on s’en souvient, n’a pas hésité à enlever de nombreuses filles de leur école et d’en faire des otages ; l’objectif visé étant certainement de sanctionner les parents qui osent envoyer leurs filles à l’école et de semer la terreur. Des actes aux antipodes de la mission du Centre International pour l’Education des Filles et des Femmes en Afrique, une structure de l’Union africaine (CIEFFA/UA) dont le siège est à Ouagadougou.

L’Afrique doit se réjouir de ce prix qui récompense les acteurs d’une cause qui lui tient à cœur

De plus, bien des enfants sont encore exploités dans les trop nombreux conflits qui secouent le continent africain. Enrôlés de force dans les conflits armés, ils sont déshumanisés, transformés en véritables machines à tuer. Ils sont également nombreux, les enfants en Afrique qui font encore l’objet de traite et sont soumis aux pires formes de travail. Ils croupissent dans les mines et les champs, sous la férule d’adultes peu scrupuleux. L’Afrique ne peut pas raisonnablement fermer les yeux sur ces drames. Au contraire, elle devrait se donner les moyens de réussir sa campagne pour l’accès de tous à l’éducation et son combat contre l’exploitation des enfants. Ce faisant, l’Afrique doit se réjouir de ce prix qui récompense les acteurs d’une cause qui lui tient à cœur. En tout état de cause, il y a un motif réel de se réjouir du fait que la lutte en faveur du droit à l’éducation de la jeune fille et le combat pour la protection des enfants contre l’exploitation d’adultes sans foi ni loi, soient ainsi reconnus et salués de façon conjointe. Tout comme on peut se réjouir que ce prix ait été décerné au moment où le monde célèbre la Journée internationale de la Jeune Fille qui a lieu le 11 octobre de chaque année sous l’égide de l’Organisation des Nations-Unies qui l’a décrétée en 2012.

Cette récompense brille donc de par sa pertinence et sa justesse. En cela, il convient de tirer son chapeau au Comité Nobel qui, cette année, aura fait un choix des plus éclairés. Ce prix Nobel de la Paix, à l’opposé de certains avant lui, fait moins polémique. Contrairement en effet à celui attribué en 2009 au président américain Barack Obama, qui a été l’objet de nombreuses critiques, ce prix-ci fait quasiment l’unanimité. C’est dire qu’il est bien mérité par les lauréats. On sait que le Nobel de la Paix est l’objet de toutes les convoitises. Bien des dignitaires, des chefs d’Etat ne ménagent aucun effort dans l’espoir d’accéder à ce Graal. Mais certains de leurs actes jurent avec la noblesse de ce prix et c’est au Comité de se montrer vigilant. Il doit s’employer surtout à éviter de récompenser des dictateurs, des loups déguisés en agneaux comme c’est souvent le cas en Afrique.

Certainement que bien des candidats ont, une fois de plus, du mal à digérer leur non-consécration. En tout cas, le prix Nobel de la paix est si emblématique que ne devrait pas l’avoir qui le veut mais qui le mérite. En ce qui la concerne et eu égard à son jeune âge, il faudra espérer que Malala puisse maintenir le cap et rester digne du Nobel qu’elle est. La responsabilité qui pèse sur ses frêles épaules d’adolescente, est en effet immense. Mais, elle semble avoir suffisamment l’étoffe pour tenir son rang. Il appartient aussi à ses encadreurs de la soutenir jusqu’au bout. Il faudra par ailleurs croiser les doigts pour que ce Nobel partagé entre Malala et Satyarthi, produise tous ses effets et contribue à apaiser durablement les relations entre l’Inde et le Pakistan qui doivent trouver en ces deux lauréats, un sérieux motif de fierté.

Source : « Le Pays »

NOBEL DE LA PAIX 2014 : Une leçon pour l’Afrique
Tag(s) : #COUPS DE COEUR

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